Joshua Sky
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Ça paraît si simple

MessageSujet: Ça paraît si simple Tue 5 Sep 2017 - 9:35


Juste un pas pour atteindre l'obscurité


J'ai souvent parlé de mourir. Souvent pensé à le faire. Quand Liam était à mes côtés, ma vie semblait avoir repris un sens malgré la mort de mes parent. Quand il a disparu, j'ai eu la sensation qu'un mur me tombait dessus. Que le ciel cherchait à s'écrouler sur moi. Alors j'ai pensé à mourir. J'ai supposé que la mort serait douce comparée à une vie sans Liam. Presque trois années se sont écoulées depuis qu'il s'est enfui. Trois années que j'essaie de regarder passer les jours, les mois en m'habituant à son absence. Mais la vérité, c'est qu'on ne s'habitue jamais à l'absence d'un être qu'on aime. La douleur consume.

Nombre de fois, j'ai pris dans mes mains la boîte contenant les anxiolytiques, les somnifères aussi. J'ai cassé les petits comprimés allongés pour que tout soit prêt, le jour où j'aurais le courage de passer enfin à l'acte. Je n’aurais plus eu qu’à avaler tous ces petits morceaux rassemblés dans une même boîte, à m’enfiler un peu d’eau pour que le tout passe sans difficulté dans mon gosier. Mais malgré tout ça, malgré mon sentiment d’être prêt, ce jour n'est jamais arrivé. Peut-être à cause d'une peur viscérale du "rien" qui se cache derrière la mort, ou peut être a cause de cet espoir insensé qu’il revienne.

Debout contre une rambarde du centre commercial, je regarde le sol deux étages plus bas. Il serait tellement aisé de passer par-dessus la barrière ... À cette heure, il n'y a pas assez de monde pour que quelqu'un intervienne à temps. Je pourrais même prendre quelques secondes pour observer le monde en bas, la mort qui m'attend. Personne n'aurait le temps de m'attraper, de tenir mes vêtements, de m'arracher à mon funeste destin. Alors je continue de regarder le sol et les motifs de couleurs, à plus de vingt mètres sous mes pieds. Quelques âmes errent ici et là, sans se douter de mon existence.

Aurais-je le courage aujourd'hui ? Que penserait Matt' ? Et Owen ? Que diraient le peu de proches que je possède ? M'en voudraient-ils d'avoir mis fin à mes jours ? Je soupire, continue de contempler longtemps ma seule échappatoire à toute cette vie de souffrances. Et je ne fais rien. Pas encore. Je suppose que tant que j’aurais encore la force de me poser la question, tant que je inquiéterais encore de l’avis de mes proches, je ne serais pas vraiment prêt à faire le grand saut. Pourtant les occasions sont nombreuses de mourir, lorsqu’on le veut vraiment. Alors pourquoi je reste, finalement ?

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MessageSujet: Re: Ça paraît si simple Sat 16 Sep 2017 - 12:06


Se battre contre soi-même


Rares sont les animaux réellement monogames. Les Albatros, les renards, les tourterelles, les gibbons, les souris des champs, les Hiboux, les cygnes, les castors, les pingouins et les pygargues à tête blanche. Oh et mon préféré de tous : le loup. Voilà. La liste des véritables monogames ne tient qu’en quelques noms sur tout la surface du globe. Certains vont même jusqu’à finir leur vie en célibataire endurci si leur compagnon disparait prématurément. Chez l’être humain, quelques semaines, quelques mois, tout au plus un petit nombre d’années suffit généralement à mettre fin à des sentiments sincères.

On dit que le deuil d’une relation dure aussi longtemps qu’a duré la période partagée. Mais si j’écoute ceux qui le pensent, je ne devrais plus être en deuil depuis très longtemps. Pourquoi aimer toujours aussi fort un même homme trois ans après l’avoir perdu, quand je n’ai passé que dix mois à ses côtés ? Est-ce dans mon cas, une situation exceptionnelle ? Est-ce une circonstance particulière ? Pourquoi ne puis-je parvenir à me le sortir de la tête ? J’ai pourtant de quoi faire : un grand frère présent, des potes avec qui sortie, une scolarité à rattraper. Mais non. Son foutu prénom continue de hanter mes pensées.

- Liam. Liam, Liam, Liam … Liam.

Je soupire profondément. Les écouteurs dans mes oreilles, je fais fit du mouvement autour de moi. J’ignore le monde qui m’entoure, peuplant le centre commercial où je traîne de plus en plus souvent, sans même avoir le moindre but. J’erre de couloir en couloir, de galerie en galerie. Je monde, je descends, comme si ma vie n’avait plus aucun sens. Comme si je cherchais dans ce dédale, quelque chose, quelqu’un à qui me raccrocher. Mais rien. Pas même la lueur fantomatique d’un souvenir au coin d’un magasin. Il n’y a que la foule et, paradoxalement, ma profonde solitude qui m’accompagnent.

Je m’appuie à une rambarde. Troisième étage. Le cinéma dans mon dos, pas grand monde alentours. En contre-bas, les escaliers et nombre de clients potentiels. Nombre de dommages collatéraux si je sautais maintenant. Pourrais-je m’inquiéter assez de leurs vies pour ne pas sacrifier la mienne à leurs dépens ? Probablement pas. Mais le problème est toujours le même : il y a toujours l’espoir. Il s’insinue en moi quand mes idées sont les plus sombres. Il se pavane face à mon cœur meurtri et lui insuffle l’idée stupide qu’un jour, Liam pourrait bien se pointer ici et faire en sorte que tout redevienne comme avant.

Je triture mes doigts au-dessus du vide. Aucun de ces types, en bas, ne se doute de ce qui se passe dans ma tête. Tout comme aucun ne se rend compte qu’autour de lui, il pourrait y avoir un terroriste qui s’apprête à se faire sauter dans une boutique bondée au nom de je ne sais quelle puissance surréaliste. Les gens s’enfoncent dans leur propre bulle, se ferment à l’extérieur et se laissent ensuite surprendre, parce qu’ils ne s’attendaient à rien d’autre que leur métro manqué pour interrompre leur journée. Moi-même, observateur attentif, je ne saurais dire si un risque m’attend quelque part.

Je me contente d’avancer encore malgré les années qui se font trop nombreuses à mon goût. Je me contente de marcher toujours, à travers la souffrance et le manque. Et je me laisse hanter par le souvenir, par l’espoir, dans l’attente qu’un jour quelqu’un mette fin à mon agonie. Parce que ce ne sera pas moi. Je n’aurais probablement jamais le courage de me laisser aller vers la mort sans qu’elle m’ait appelé d’elle-même. Je ferme les yeux, hermétique au son alentour, et me laisse bercer de longues minutes par la musique dans mes oreilles. L’espace d’un instant, je quitte ce monde définitivement.

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MessageSujet: Re: Ça paraît si simple Tue 19 Sep 2017 - 10:43


Il fait pas chaud dehors, personne ne sourit vraiment


Le cerveau est une machine. J'ai vu une conférence, il y a quelques temps de ça, sur le sujet. On peut le programmer comme on veut, lui faire croire ce qu'on veut pourvu qu'on y mette de la conviction. C'est de cette manière qu'un pervers narcissique fait croire à sa victime qu'elle est responsable de ses propres malheurs et de son propre isolement, qu'elle ne mérite ni d'être aimée, ni d'être soutenue. C’est de cette manière qu’on convainc des peuples entiers qu’ils doivent en exterminer d’autres pour le bien de la nation. C’est parce que le cerveau est une machine qu’on peut se façonner à sa guise.

A chaque fois que son visage apparaît, à chaque fois que ses yeux sombres osent s’immiscer dans ma tête, je pose le prénom dessus comme je poserais un calque sur une feuille. J’efface peu à peu le véritable souvenir et je modifie la réalité dont est persuadé mon cerveau. Je le convaincs que tout est faux, qu’il a inventé le surnom pour un autre prénom. Lee pour Liam. Deux yeux sombres pour un homme qui a disparu de ma vie et n’y est jamais revenu. Un visage sévère pour un vieux souvenir. Je soupire doucement. Les jours passent, les semaines se suivent, sans que rien ne change.

- Liam. Li.am. Liam.

Peut-être je manque de conviction. Peut-être je pense trop au surnom et pas assez au prénom que je veux insuffler à mon esprit. C’est difficile de s’auto-convaincre. Si j’étais un enfant, je pourrais simplement y penser tous les jours, et depuis le temps je serais déjà conditionné à avoir aimé ce Liam. Mais je suis un adulte, mon cerveau à besoin davantage de fausses preuves pour accepter d’y croire. Alors je continue de m’acharner contre moi-même, chaque jour, chaque heure, chaque minute. Toutes les occasions qu’il trouve pour essayer de me mettre face à la réalité, je les chasses furieusement.

- Liaaaaam !

J’observe le feuillage des pins au-dessus de moi. Allongé dans l’herbe, le regard fixé sur une branche épineuse, je lance son nom dans le vent comme si je pouvais le faire apparaître, lui donner vie. Peut-être même l’obliger à remplacer l’original ? Je passe mes mains sur le sol coupé à ras, autour de moi. Il fait un froid glacial, pour un mois de septembre. Mais il n’est que sept heures et je n’ai pas cours avant quelques heures. Je reste là, allongé dans le froid, couvert par une pauvre veste en twead et un imperméable ouvert. Je souffle au-dessus de mon visage et je triture l’herbe autour de moi.

Je me dis que c’était le destin, qu’il fallait bien que ça arrive un jour. Que mon cerveau cette machine, finira par se remettre, comme toute machine cassée finit par être réparée … ou balancée à la benne. Je devrais peut-être penser à me concentrer sur autre chose, mais sur quoi au juste ? Mes études ? Déjà fait. Depuis mes vacances avec Owen, j’ai rattrapé pas moins d’un demi-semestre de ma première année. Penser à mes relations sociales ? J’ai jamais aimé les gens, ce n’est pas aujourd’hui que je vais commencer, encore moins après ce genre d’événement. Je serre les poings, arrache l’herbe.

- Liam, Liam … LIAM !

Encore quelques semaines, quelques mois, quelques années s’il faut. Je finirais bien par le convaincre. Je ne suis peut-être pas le plus malin, j’agis peut-être souvent sans réfléchir, mais lorsqu’il est question de détermination et d’acharnement, je n’ai pas d’égal. Même son père en a fait les frais avec son putain de vaisselier. J’étire un sourire en coin à l’évocation de ce souvenir. L’un des meilleurs, finalement, de toute ma vie. Oooh non, rien ne peut me faire lâcher prise. J’inspire profondément, ferme finalement les yeux lorsqu’une aiguille de pin tombe sur mon visage ensommeillé. Plus tard, les tortures psy’. Plus tard.

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MessageSujet: Re: Ça paraît si simple Wed 20 Sep 2017 - 16:09


La colère n'est qu'une étape


Les bruits de couloirs vont et viennent, s’ébruitent et s’amenuisent au fil du temps. Pendant les deux mois d’été, les sons n’ont été pour moi que des murmures. D’abord parce que j’ai passé plusieurs semaines à me remettre d’un craquage conséquent et physiquement éreintant. Ensuite parce que je n’avais pas le moral assez haut pour les supporter, et que donc j’ai fais la sourde oreille pendant les semaines restantes. Mais désormais que la rentrée est passée, que les couloirs se remplissent chaque jour et que chaque heure est un nouveau supplice, je suis obligé de me rendre à l’évidence.

Owen n’était pas le meilleur ami le plus à craindre, finalement. J’avais raison depuis le début, et je n’aurais jamais l’occasion de lui balancer un « je te l’avais dit » pourtant bien mérité. Mais de toute façon, de quoi je parle, hein ? Je me fous pas mal de ce qui se passe dans l’enceinte de l’établissement. Celui qui m’a fait du mal en est parti depuis longtemps, et n’y a jamais remis les pieds … Je claque violemment la porte de mon casier. Si seulement je parvenais à me convaincre. Peut-être que faire de l’hypnose … ? Je serre les dents, lance un regard dans le couloir. Je m’assure que la voie est libre.

Je suis devenu parano’, depuis trois semaines. Alors qu’il n’est peut-être même plus dans l’établissement. Qu’y faisait-il, sinon me suivre à la trace ? A moins qu’il n’ait désormais une autre proie à traquer dans tous les coins. Ce dont je ne doute évidemment pas. Parce que je ne suis pas le seul qui ait un meilleur ami soi-disant collant. J’esquisse un sourire narquois au souvenir de cette petite garce m’annonçant tripoter ses potes. Oooh j’en connais un qui doit adorer lâcher son os à l’heure d’aller en cours, chaque matin. Finalement, peut-être que j’ai plus gagné que perdu, dans cette histoire.

Je remonte la bretelle de mon sac sur mon épaule et je m’éloigne vers mon prochain cours dans un bâillement sonore. Je suis complètement épuisé. A bout de forces. Et si je ne m’octroyais pas de force chaque dimanche pour me remettre, je crois bien que je m’écroulerais là, tout de suite, en plein milieu du couloir. Ce sont la colère et la rancœur qui me tiennent debout désormais. Je désire lui faire du mal, le blesser comme il m’a blessé. J’échafaude des plans pour le briser, sans jamais les mettre à exécution. Ensuite, je me sens mieux quelques instants, quand j’imagine sa douleur à venir. Et puis, plus rien.

Mon esprit s’apaise et revient la souffrance, le manque. Je n’ai plus envie de lui faire de mal, je veux juste retrouver tout ce que j’ai perdu. Jusqu’à la prochaine rumeur, jusqu’au prochain murmure au détour d’un couloir. Pour que la fureur revienne, et reprenne toute la place. Pour que mes idées se noircissent de nouveau de moyens pour lui faire payer. Et c’est toujours la même idée. Toujours le même projet qui revient incessamment. Mourir. Partir pour qu’il ne puisse jamais tourner la page. Détruire sa vie en mettant fin à la mienne. Pour qu’il ne puisse jamais m’oublier. Qu’il soit mien pour toujours.

Mais l’heure n’est pas encore venue. Le moment n’est pas propice. J’attendrais le temps qu’il faudra. Je me préparerais avec patience et précision. Pour que tout fonctionne comme je le veux. Pour préparer ceux que j’aime et qui souffriront aussi. Les dommages collatéraux. Je serre ma main sur la hanse de mon sac et je marche en fixant mon regard sur le sol. Personne ne sait. Personne ne doit savoir. Disparaître des radars pour mieux les exploser d’un coup de poing, quand ils s’y attendront le moins. J’aurais ma vengeance, et s’il faut que je disparaisse pour l’obtenir, eh bien ma foi je disparaitrais.

J’entre dans la salle de cours juste quand la sonnerie retentit. Je pose mes affaires à la première table libre, je sors mon matériel et je me tiens prêt pour le restant de l’heure. Etudiant parfait, dans sa tenue parfaite, parfaitement attentif. Un fantôme parmi les tombes. Inaperçu au milieu de la foule. Discret comme une ombre, je prépare le dernier et le plus gros coup de ma vie. Mais personne ne sait, personne ne s’y attend. Les premiers visés seront les premiers surpris. J’étire un sourire bref et je commence à rédiger mes notes alors que le prof’, concentré dans sa tâche, nous enseigne la législation.

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