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Ça paraît si simple

MessageSujet: Ça paraît si simple Tue 5 Sep 2017 - 9:35


Ce n'est qu'une question d'habitude


Vingt-cinq août, huit heures quarante-deux. Je lance sur Owen un regard entendu, puis je grimpe sur ma valise et m’agenouille dessus en essayant de peser le plus lourd possible. Owen s’approche, tire sur la fermeture éclair pour refermer le tout sans que ça lui explose à la gueule. Pour une fois dans ma vie, je suis prêt dans les temps. Un dernier regard dans les placards, sous les lits, dans les tiroirs des bureaux. Plus rien ne traîne. Les draps sales sont partis au lavage et les matelas vides sont prêts à recevoir leurs prochains squatteurs. Pendant une minute, je suis presque nostalgique de cet endroit.

- Finie, la vie de pensionnaire. Ca veut dire qu’on devient des hommes, tu crois ? Mec, j’ferais pas à bouffer, j’risque de t’empoisonner. Mais j’veux bien me charger des lessives et des courses, si tu fais des listes à l’avance.

Je balance ma valise sur le sol et la met en équilibre sur ses roues, pour ensuite la faire glisser jusqu’à la porte grande ouverte. J’ai l’impression de tourner une page importante de ma vie. Comme si je changeais de chapitre sans avoir eu le temps de faire une transition. J’ai comme un nœud dans l’bide à l’idée de partir d’ici. Plus qu’une année. Dix pauvres mois avant que le calvaire des études soit terminé. Dix pauvres mois avant de faire mes adieux à cette école et à tous les souvenirs qu’elle renfermera éternellement en son sein. Est-ce que d’autres avant nous, ont dit au revoir de cette façon ?

- J’ai l’impression que j’vais revenir. C’est bizarre, de voir la chambre complètement vide, d’un coup.

Pourtant chaque été le même cinéma s’enclenche. Mais cette année, le synopsis n’est pas le même. Les rôles ont été redistribués et l’histoire est modifiée. Je souffle doucement, passe mon poing devant ma bouche, me mords un doigt sans serrer fort. Tout ça va me manquer, je crois. Je recule de quelques pas dans le couloir, et mon regard se tourne inévitablement vers sa chambre. Où est-il, désormais ? Que fait-il de ses journées ? A quoi passe-t-il son temps ? Je meurs d’envie de savoir et en même temps, je prie pour n’avoir jamais vent de rien en ce qui le concerne. J’aimerais qu’il n’ait jamais existé.

Je soupire alors qu’Owen me rejoint, et je reprends une mine satisfaite, un sourire parfaitement joué collé aux lèvres. C’est parti pour la nouvelle aventure. Je retire vivement la main d’Owen de la poignée, lui lançant un regard mesquin avant de violemment claquer la porte sur ses gonds. Puis je m’éloigne dans le couloir, disparaissant au bout pour enfiler les escaliers. Terminée, la vie d’étudiant dirigé par les règles du pensionnat. Désormais, c’est moi qui ferais les lois. Avec Owen, bien sûr. Je descends prudemment jusqu’au rez-de-chaussée, attendant alors Owen pour traverser la cour.

- Dépêches vieux, le taxi est déjà devant la grille.

Je commence à faire rouler ma valise dans les graviers, détestant le son des roulettes qui se bloquent dans les petits cailloux. La lutte me semble interminable, pourtant la distance diminue relativement vite entre l’entrée des dortoirs et la grille du pensionnat. Je salue poliment le conducteur et j’enfourne ma valise dans le coffre déjà ouvert, avant de poser mon cul contre la carrosserie en attendant l’arrivée de mon meilleur pote. Je pose un regard sur les fenêtres de l’internat. Je n’ai jamais eu la capacité de deviner où était notre chambre vue de l’extérieur. Je me demande où est la sienne …

Lorsqu’Owen a enfin fourré sa valise par-dessus la mienne, je me laisse glisser contre l’aile arrière et me laisse ensuite tomber sur la banquette où je m’allonge quelques secondes, les yeux encore rivés sur les fenêtres de l’internat. Faire mes adieux me semble tout à coup plus difficile que ce que j’aurais imaginé. Peut-être parce que je n’y vois pas qu’un au revoir à une chambre, mais aussi à toute une vie. Peut-être parce que je m’apprête malgré moi à faire le deuil de l’un des chapitres les plus importants de mon existence. Pourtant, il faut bien que je bouge. Alors je m’assieds, et je ferme la portière.

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MessageSujet: Re: Ça paraît si simple Sat 16 Sep 2017 - 12:06


Juste un pas pour atteindre l'obscurité


J'ai souvent parlé de mourir. Souvent pensé à le faire. Quand Liam était à mes côtés, ma vie semblait avoir repris un sens malgré la mort de mes parent. Quand il a disparu, j'ai eu la sensation qu'un mur me tombait dessus. Que le ciel cherchait à s'écrouler sur moi. Alors j'ai pensé à mourir. J'ai supposé que la mort serait douce comparée à une vie sans Liam. Presque trois années se sont écoulées depuis qu'il s'est enfui. Trois années que j'essaie de regarder passer les jours, les mois en m'habituant à son absence. Mais la vérité, c'est qu'on ne s'habitue jamais à l'absence d'un être qu'on aime. La douleur consume.

Nombre de fois, j'ai pris dans mes mains la boîte contenant les anxiolytiques, les somnifères aussi. J'ai cassé les petits comprimés allongés pour que tout soit prêt, le jour où j'aurais le courage de passer enfin à l'acte. Je n’aurais plus eu qu’à avaler tous ces petits morceaux rassemblés dans une même boîte, à m’enfiler un peu d’eau pour que le tout passe sans difficulté dans mon gosier. Mais malgré tout ça, malgré mon sentiment d’être prêt, ce jour n'est jamais arrivé. Peut-être à cause d'une peur viscérale du "rien" qui se cache derrière la mort, ou peut être a cause de cet espoir insensé qu’il revienne.

Debout contre une rambarde du centre commercial, je regarde le sol deux étages plus bas. Il serait tellement aisé de passer par-dessus la barrière ... À cette heure, il n'y a pas assez de monde pour que quelqu'un intervienne à temps. Je pourrais même prendre quelques secondes pour observer le monde en bas, la mort qui m'attend. Personne n'aurait le temps de m'attraper, de tenir mes vêtements, de m'arracher à mon funeste destin. Alors je continue de regarder le sol et les motifs de couleurs, à plus de vingt mètres sous mes pieds. Quelques âmes errent ici et là, sans se douter de mon existence.

Aurais-je le courage aujourd'hui ? Que penserait Matt' ? Et Owen ? Que diraient le peu de proches que je possède ? M'en voudraient-ils d'avoir mis fin à mes jours ? Je soupire, continue de contempler longtemps ma seule échappatoire à toute cette vie de souffrances. Et je ne fais rien. Pas encore. Je suppose que tant que j’aurais encore la force de me poser la question, tant que je inquiéterais encore de l’avis de mes proches, je ne serais pas vraiment prêt à faire le grand saut. Pourtant les occasions sont nombreuses de mourir, lorsqu’on le veut vraiment. Alors pourquoi je reste, finalement ?

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MessageSujet: Re: Ça paraît si simple Tue 19 Sep 2017 - 10:43


Se battre contre soi-même


Rares sont les animaux réellement monogames. Les Albatros, les renards, les tourterelles, les gibbons, les souris des champs, les Hiboux, les cygnes, les castors, les pingouins et les pygargues à tête blanche. Oh et mon préféré de tous : le loup. Voilà. La liste des véritables monogames ne tient qu’en quelques noms sur tout la surface du globe. Certains vont même jusqu’à finir leur vie en célibataire endurci si leur compagnon disparait prématurément. Chez l’être humain, quelques semaines, quelques mois, tout au plus un petit nombre d’années suffit généralement à mettre fin à des sentiments sincères.

On dit que le deuil d’une relation dure aussi longtemps qu’a duré la période partagée. Mais si j’écoute ceux qui le pensent, je ne devrais plus être en deuil depuis très longtemps. Pourquoi aimer toujours aussi fort un même homme trois ans après l’avoir perdu, quand je n’ai passé que dix mois à ses côtés ? Est-ce dans mon cas, une situation exceptionnelle ? Est-ce une circonstance particulière ? Pourquoi ne puis-je parvenir à me le sortir de la tête ? J’ai pourtant de quoi faire : un grand frère présent, des potes avec qui sortie, une scolarité à rattraper. Mais non. Son foutu prénom continue de hanter mes pensées.

- Liam. Liam, Liam, Liam … Liam.

Je soupire profondément. Les écouteurs dans mes oreilles, je fais fit du mouvement autour de moi. J’ignore le monde qui m’entoure, peuplant le centre commercial où je traîne de plus en plus souvent, sans même avoir le moindre but. J’erre de couloir en couloir, de galerie en galerie. Je monde, je descends, comme si ma vie n’avait plus aucun sens. Comme si je cherchais dans ce dédale, quelque chose, quelqu’un à qui me raccrocher. Mais rien. Pas même la lueur fantomatique d’un souvenir au coin d’un magasin. Il n’y a que la foule et, paradoxalement, ma profonde solitude qui m’accompagnent.

Je m’appuie à une rambarde. Troisième étage. Le cinéma dans mon dos, pas grand monde alentours. En contre-bas, les escaliers et nombre de clients potentiels. Nombre de dommages collatéraux si je sautais maintenant. Pourrais-je m’inquiéter assez de leurs vies pour ne pas sacrifier la mienne à leurs dépens ? Probablement pas. Mais le problème est toujours le même : il y a toujours l’espoir. Il s’insinue en moi quand mes idées sont les plus sombres. Il se pavane face à mon cœur meurtri et lui insuffle l’idée stupide qu’un jour, Liam pourrait bien se pointer ici et faire en sorte que tout redevienne comme avant.

Je triture mes doigts au-dessus du vide. Aucun de ces types, en bas, ne se doute de ce qui se passe dans ma tête. Tout comme aucun ne se rend compte qu’autour de lui, il pourrait y avoir un terroriste qui s’apprête à se faire sauter dans une boutique bondée au nom de je ne sais quelle puissance surréaliste. Les gens s’enfoncent dans leur propre bulle, se ferment à l’extérieur et se laissent ensuite surprendre, parce qu’ils ne s’attendaient à rien d’autre que leur métro manqué pour interrompre leur journée. Moi-même, observateur attentif, je ne saurais dire si un risque m’attend quelque part.

Je me contente d’avancer encore malgré les années qui se font trop nombreuses à mon goût. Je me contente de marcher toujours, à travers la souffrance et le manque. Et je me laisse hanter par le souvenir, par l’espoir, dans l’attente qu’un jour quelqu’un mette fin à mon agonie. Parce que ce ne sera pas moi. Je n’aurais probablement jamais le courage de me laisser aller vers la mort sans qu’elle m’ait appelé d’elle-même. Je ferme les yeux, hermétique au son alentour, et me laisse bercer de longues minutes par la musique dans mes oreilles. L’espace d’un instant, je quitte ce monde définitivement.

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MessageSujet: Re: Ça paraît si simple Wed 20 Sep 2017 - 16:09


Il fait pas chaud dehors, personne ne sourit vraiment


Le cerveau est une machine. J'ai vu une conférence, il y a quelques temps de ça, sur le sujet. On peut le programmer comme on veut, lui faire croire ce qu'on veut pourvu qu'on y mette de la conviction. C'est de cette manière qu'un pervers narcissique fait croire à sa victime qu'elle est responsable de ses propres malheurs et de son propre isolement, qu'elle ne mérite ni d'être aimée, ni d'être soutenue. C’est de cette manière qu’on convainc des peuples entiers qu’ils doivent en exterminer d’autres pour le bien de la nation. C’est parce que le cerveau est une machine qu’on peut se façonner à sa guise.

A chaque fois que son visage apparaît, à chaque fois que ses yeux sombres osent s’immiscer dans ma tête, je pose le prénom dessus comme je poserais un calque sur une feuille. J’efface peu à peu le véritable souvenir et je modifie la réalité dont est persuadé mon cerveau. Je le convaincs que tout est faux, qu’il a inventé le surnom pour un autre prénom. Lee pour Liam. Deux yeux sombres pour un homme qui a disparu de ma vie et n’y est jamais revenu. Un visage sévère pour un vieux souvenir. Je soupire doucement. Les jours passent, les semaines se suivent, sans que rien ne change.

- Liam. Li.am. Liam.

Peut-être je manque de conviction. Peut-être je pense trop au surnom et pas assez au prénom que je veux insuffler à mon esprit. C’est difficile de s’auto-convaincre. Si j’étais un enfant, je pourrais simplement y penser tous les jours, et depuis le temps je serais déjà conditionné à avoir aimé ce Liam. Mais je suis un adulte, mon cerveau à besoin davantage de fausses preuves pour accepter d’y croire. Alors je continue de m’acharner contre moi-même, chaque jour, chaque heure, chaque minute. Toutes les occasions qu’il trouve pour essayer de me mettre face à la réalité, je les chasses furieusement.

- Liaaaaam !

J’observe le feuillage des pins au-dessus de moi. Allongé dans l’herbe, le regard fixé sur une branche épineuse, je lance son nom dans le vent comme si je pouvais le faire apparaître, lui donner vie. Peut-être même l’obliger à remplacer l’original ? Je passe mes mains sur le sol coupé à ras, autour de moi. Il fait un froid glacial, pour un mois de septembre. Mais il n’est que sept heures et je n’ai pas cours avant quelques heures. Je reste là, allongé dans le froid, couvert par une pauvre veste en twead et un imperméable ouvert. Je souffle au-dessus de mon visage et je triture l’herbe autour de moi.

Je me dis que c’était le destin, qu’il fallait bien que ça arrive un jour. Que mon cerveau cette machine, finira par se remettre, comme toute machine cassée finit par être réparée … ou balancée à la benne. Je devrais peut-être penser à me concentrer sur autre chose, mais sur quoi au juste ? Mes études ? Déjà fait. Depuis mes vacances avec Owen, j’ai rattrapé pas moins d’un demi-semestre de ma première année. Penser à mes relations sociales ? J’ai jamais aimé les gens, ce n’est pas aujourd’hui que je vais commencer, encore moins après ce genre d’événement. Je serre les poings, arrache l’herbe.

- Liam, Liam … LIAM !

Encore quelques semaines, quelques mois, quelques années s’il faut. Je finirais bien par le convaincre. Je ne suis peut-être pas le plus malin, j’agis peut-être souvent sans réfléchir, mais lorsqu’il est question de détermination et d’acharnement, je n’ai pas d’égal. Même son père en a fait les frais avec son putain de vaisselier. J’étire un sourire en coin à l’évocation de ce souvenir. L’un des meilleurs, finalement, de toute ma vie. Oooh non, rien ne peut me faire lâcher prise. J’inspire profondément, ferme finalement les yeux lorsqu’une aiguille de pin tombe sur mon visage ensommeillé. Plus tard, les tortures psy’. Plus tard.

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MessageSujet: Re: Ça paraît si simple Wed 27 Sep 2017 - 10:32


La colère n'est qu'une étape


Les bruits de couloirs vont et viennent, s’ébruitent et s’amenuisent au fil du temps. Pendant les deux mois d’été, les sons n’ont été pour moi que des murmures. D’abord parce que j’ai passé plusieurs semaines à me remettre d’un craquage conséquent et physiquement éreintant. Ensuite parce que je n’avais pas le moral assez haut pour les supporter, et que donc j’ai fais la sourde oreille pendant les semaines restantes. Mais désormais que la rentrée est passée, que les couloirs se remplissent chaque jour et que chaque heure est un nouveau supplice, je suis obligé de me rendre à l’évidence.

Owen n’était pas le meilleur ami le plus à craindre, finalement. J’avais raison depuis le début, et je n’aurais jamais l’occasion de lui balancer un « je te l’avais dit » pourtant bien mérité. Mais de toute façon, de quoi je parle, hein ? Je me fous pas mal de ce qui se passe dans l’enceinte de l’établissement. Celui qui m’a fait du mal en est parti depuis longtemps, et n’y a jamais remis les pieds … Je claque violemment la porte de mon casier. Si seulement je parvenais à me convaincre. Peut-être que faire de l’hypnose … ? Je serre les dents, lance un regard dans le couloir. Je m’assure que la voie est libre.

Je suis devenu parano’, depuis trois semaines. Alors qu’il n’est peut-être même plus dans l’établissement. Qu’y faisait-il, sinon me suivre à la trace ? A moins qu’il n’ait désormais une autre proie à traquer dans tous les coins. Ce dont je ne doute évidemment pas. Parce que je ne suis pas le seul qui ait un meilleur ami soi-disant collant. J’esquisse un sourire narquois au souvenir de cette petite garce m’annonçant tripoter ses potes. Oooh j’en connais un qui doit adorer lâcher son os à l’heure d’aller en cours, chaque matin. Finalement, peut-être que j’ai plus gagné que perdu, dans cette histoire.

Je remonte la bretelle de mon sac sur mon épaule et je m’éloigne vers mon prochain cours dans un bâillement sonore. Je suis complètement épuisé. A bout de forces. Et si je ne m’octroyais pas de force chaque dimanche pour me remettre, je crois bien que je m’écroulerais là, tout de suite, en plein milieu du couloir. Ce sont la colère et la rancœur qui me tiennent debout désormais. Je désire lui faire du mal, le blesser comme il m’a blessé. J’échafaude des plans pour le briser, sans jamais les mettre à exécution. Ensuite, je me sens mieux quelques instants, quand j’imagine sa douleur à venir. Et puis, plus rien.

Mon esprit s’apaise et revient la souffrance, le manque. Je n’ai plus envie de lui faire de mal, je veux juste retrouver tout ce que j’ai perdu. Jusqu’à la prochaine rumeur, jusqu’au prochain murmure au détour d’un couloir. Pour que la fureur revienne, et reprenne toute la place. Pour que mes idées se noircissent de nouveau de moyens pour lui faire payer. Et c’est toujours la même idée. Toujours le même projet qui revient incessamment. Mourir. Partir pour qu’il ne puisse jamais tourner la page. Détruire sa vie en mettant fin à la mienne. Pour qu’il ne puisse jamais m’oublier. Qu’il soit mien pour toujours.

Mais l’heure n’est pas encore venue. Le moment n’est pas propice. J’attendrais le temps qu’il faudra. Je me préparerais avec patience et précision. Pour que tout fonctionne comme je le veux. Pour préparer ceux que j’aime et qui souffriront aussi. Les dommages collatéraux. Je serre ma main sur la hanse de mon sac et je marche en fixant mon regard sur le sol. Personne ne sait. Personne ne doit savoir. Disparaître des radars pour mieux les exploser d’un coup de poing, quand ils s’y attendront le moins. J’aurais ma vengeance, et s’il faut que je disparaisse pour l’obtenir, eh bien ma foi je disparaitrais.

J’entre dans la salle de cours juste quand la sonnerie retentit. Je pose mes affaires à la première table libre, je sors mon matériel et je me tiens prêt pour le restant de l’heure. Etudiant parfait, dans sa tenue parfaite, parfaitement attentif. Un fantôme parmi les tombes. Inaperçu au milieu de la foule. Discret comme une ombre, je prépare le dernier et le plus gros coup de ma vie. Mais personne ne sait, personne ne s’y attend. Les premiers visés seront les premiers surpris. J’étire un sourire bref et je commence à rédiger mes notes alors que le prof’, concentré dans sa tâche, nous enseigne la législation.

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MessageSujet: Re: Ça paraît si simple Sun 8 Oct 2017 - 15:14


Il faut que je te dise ...


J’ai mal. Mal de t’imaginer avec lui, de te penser avec lui, de te savoir avec lui. Mal de l’imaginer dans tes bras, à cette place que tu m’avais octroyée, que tu m’avais réservée. Je voudrais te dire que je t’attends toujours, que mon cœur ne bat plus que pour toi. Mais en as-tu seulement quelque chose à faire ? J’ai mal de croire que c’est fini, d’être obligé de faire face à cette réalité. Mal de regarder cette chambre vide, où la seule lueur est ce foulard que tu m’as offert sans qu’il n’ait jamais eu pour toi la moindre importance. Peux-tu seulement penser que pour moi, il est désormais plus qu’un accessoire ?

Le seul souvenir de notre existence, d’un « nous » que nous avons détruit. Les larmes sur mes yeux, qui dévalent mes tempes quand je fixe le plafond, ne sont rien comparés à la douleur qu’éprouve mon cœur. Je ne sais plus quoi dire, je ne trouve plus les mots pour expliquer ce que la souffrance me fait à l’intérieur. Je n’ai plus rien à quoi me raccrocher, et je voudrais juste sombrer pour ne plus me réveiller. Chaque nouveau matin est une torture supplémentaire quand je vois l’oreiller intact à côté de ma tête, sans aucune trace d’une quelconque présence. Alors je referme les yeux, et je te cherche en rêve.

Je voudrais que tu comprennes à quel point je t’ai aimé, à quel point je t’aime encore. J’aurais aimé que tu le sache et que tu le ressentes aussi. J’aime à m’imaginer que tu pense à moi quand tu le serre dans tes bras. J’aime espérer que sa fragilité t’agace, que tu regrette mes étreintes. Mais qui suis-je pour espérer tant d’importance, alors que tu es resté auprès de lui au lieu de venir me chercher ? Je te demandais juste de m’aimer un peu plus fort chaque jour. Je ne voulais pas que tu change, ni que tu m’apporte quoi que ce soit. Je voulais juste que tu m’aime, pourquoi as-tu accepté de partir ?

Sans toi, je suis un désespéré. Je n’ai plus rien pour me montrer le chemin. Je voulais marcher dans tes pas, tenir ta main entre deux réunions importantes. Je ne demandais pas tout ton temps, mais juste quelques instants. Alors pourquoi … Pourquoi n’es-tu plus là ? Je n’ai plus la volonté de marcher. Je n’ai plus la force de ramper. J’ai su me relever de nombreuses fois. J’ai su faire face à des obstacles bien grands. Mais tu es celui que je ne peux pas surmonter. Tu es la cause de ma destruction, et je ne saurais un jour faire face au monde sans que tes doigts serrent les miens. Je t’aime. Si tu savais comme je t’aime.

Parfois, un éclair de lucidité me dit que c’est pour le mieux. Que nous avancerons bien mieux chacun de notre côté. Parfois je prends conscience que nous étions probablement trop différents. Mais les larmes ne tarissent pas. La douleur ne s’apaise pas et le manque … Le manque est toujours plus grand. Je regarde les rues dehors, sans plus voir leurs couleurs. J’observe tomber les feuilles en me demandant si je pourrais tomber aussi, et nourrir une terre nouvelle. Parfois je m’agenouille et j’espère, je prie pour que mes forces m’abandonnent définitivement. Parce que mon corps devient trop lourd, désormais.

Et tu n’es plus là. Non, tu n’es plus là. La prochaine fois que mon corps s’affaissera dans une ruelle, la prochaine fois que mon esprit délirant apercevra une dernière fois ta silhouette, tu ne seras pas là pour me sauver, encore, de mes cauchemars. Parce que je suis allé trop loin ? Parce que tu n’es pas venu assez prêt ? Au fond, qui a tort ou raison ? Ce qui compte ce n’est pas le chemin, mais la ligne d’arrivée. Elles sont là pourtant, toutes ces mains qui se tendent vers moi. Mais aucune n’a ta force, ta détermination. Aucune ne saurait me tenir comme tu as su le faire. Aucune ne m’attire.

Si seulement j’avais les mots pour te dire, à quel point tu me manqueras. Penseras-tu à moi, lorsque mon nom apparaîtra dans les annonces mortuaires ? Regretteras-tu le temps de nos étreintes, la fusion de nos corps ? Ou penseras-tu à lui, pour ne plus le laisser tomber ? Je n’ai pas la force d’essuyer les larmes qui roulent sur mes pommettes. Elles ne sont que la preuve de mon amour pour toi, parce que c’est tout ce qu’il en reste désormais. Comment te dire, comment te faire comprendre, à quel point je t’ai aimé ? A quel point je t’aime encore ? Comment te regarder, tendre ta main vers lui, et effleurer la sienne ?

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MessageSujet: Re: Ça paraît si simple Tue 10 Oct 2017 - 20:24


Les mots sont comme des pierres dans mon coeur


Passé, présent, futur. Je n’aurais jamais pensé à l’époque, que tu ferais partie de mon avenir. Pourtant désormais, je ne suis plus qu’une page de ton histoire. Peux-tu seulement entendre mes pleurs, la nuit ? Imagines-tu à quel point ma colère illustrait mon amour pour toi ? Je voulais tellement que tu saches, que tu comprennes. Chaque jour, j’essaie. Je me lève, je marche encore. Je me tiens debout malgré l’épuisement. Mais, tu sais, je suis à bout. Mes forces m’abandonnent, mon cœur peine davantage à chaque nouveau battement. Je ne suis plus obsédé que par le moyen de mettre fin à ma souffrance.

Regardes-moi encore. Poses tes yeux sur moi et dis-moi que je peux vivre sans toi. Dis-moi que les insomnies, les cauchemars ne sont qu’une passade. Dis-moi que mes pommettes saillantes et mes joues creuses ne veulent rien dire. Tu l’as peut-être oublié, mais j’ai toujours bu tes paroles comme un élixir de vie. J’ai toujours entendu ta voix comme un son divin. Alors dis-moi que je peux vivre sans toi, et peut-être pourrais-je croire que tu sais mentir, que tes « je t’aime » sonnaient aussi faux que mon avenir sans toi. Alors je pourrais peut-être mourir sans avoir peur de te perdre à jamais. Peut-être …

Peut-être je pourrais me faire à l’idée que je t’ai perdu, qu’il n’y a plus rien à faire. J’aimerais sentir encore ton odeur. J’aimerais passer mes doigts sous ta chemise, caresser ta peau dans la paume de mes mains. Oh, tu me manques. Tu n’imagine pas à quel point tu me manques. La drogue et la violence semblent des consolations bien maigres face aux douleurs que j’éprouve. Alors je me raccroche à ce qui me reste. Une odeur, quelque part. Un son vaguement familier, ou même un mirage au détour d’un couloir. J’aimerais tant redonner vie à ce dont je me suis privé ce soir-là. Je n’ai plus rien de toi.

Il ne me reste que ça, ce morceau de tissu aussi bleu que mes yeux. Un simple accessoire que tu as acheté sur un coup de tête. Je pense à ce jour-là, au ressentiment que tu as dû avoir en posant tes mains sur quelque chose que d’autres avaient sûrement touché avant toi. Il ne porte même pas ton odeur, tu l’as tenu dans tes mains trop peu de temps. Pourtant je ne saurais m’en détacher. Je ne saurais m’endormir sans lui, même pour quelques heures d’un sommeil troublé. Alors il est là, trônant sur mon bureau comme un Roi déchu, perdu dans un Royaume abandonné depuis bien longtemps.

Quand la lucidité ne s’insinue pas dans ma tête, c’est une douleur destructrice qui prend place. Je voudrais parfois juste t’anéantir pour que personne ne puisse jamais s’épanouir à tes côtés, si ce n’est moi. Mais je n’ai pas le droit, n’est-ce pas ? Je n’ai pas le droit de te priver d’une chose dont tu n’as pas été satisfait avec moi. Je souffre de ton absence comme du dioxygène dont chaque être a besoin pour survivre. Je suffoque sans ta présence, et c’est comme si mes poumons n’avaient plus le réflexe de pomper sans que tu leur en donne l’ordre. Ton nom est un supplice dans mes oreilles.

Je crois, que je devrais cesser de répéter sans cesse les mêmes choses. D’abord parce que tu ne les entends pas. Ensuite parce que je ne parviens pas à avancer en concentrant toute ma vie sur la douleur que me provoque le vide. Comment te reconstruis-tu, toi ? Est-ce qu’il te suffit à m’oublier ? Est-ce que ses mains sont plus chaudes que les miennes ? Est-ce que ses lèvres sont plus douces ? Qu’éprouves-tu quand tu le touche ? Est-ce qu’un jour j’éprouverais autre chose que du dégoût, en touchant quelqu’un à mon tour ? Ou ne verrais-je toujours que ton visage se superposer à celui des autres hommes ?

J’aurais aimé avoir tourné la page, quand tu es revenu. J’aurais aimé que plus rien ne compte. Peut-être ainsi aurais-je pu simplement te saluer comme un vieil ami, un chapitre de ma vie que j’aurais terminé sans tristesse. Mais si j’avais choisi depuis le départ, tu ne serais déjà pas parti. Alors, simplement, si tu l’aime, ne le laisse pas partir. J’espère au fond de moi que tu ne l’aime pas. Que c’est moi, que tu as aimé plus fort que tout le reste, plus fort que tous les autres. J’espère que tu changeras d’avis, que tu reviendra vers moi. Et je sais en même temps, que tu ne retourne jamais dans tes traces passées …

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MessageSujet: Re: Ça paraît si simple Mon 16 Oct 2017 - 18:40


Sur le fil du rasoir, il ne reste que la chute


Assis dans mon lit, adossé au mur et les pieds dans le vide, j’esquisse un sourire amusé. Le silence fait mal, ici, depuis qu’Owen est parti et que je me retrouve complètement seul. Souvent, je pense à toi. Si tu avais su qu’il partirait, aurais-tu pris ton mal en patience ? Est-ce que c’est toi qui lui as offert cette mutation au Japon, d’ailleurs ? J’en doute. Tu étais déjà avec un autre, quand Owen a reçu cette proposition d’embauche. Ca aurait tellement été ton genre, pourtant … Te débarrasser du point noir sur ta carte pour mieux t’octroyer le potentiel trésor. Mais je ne suis pas un trésor, n’est-ce pas ?

Je souris parce que je pense à toi, à tout ce que nous avons vécu. En trois ans, presque rien, finalement. Mais j’aime imaginer ce que nous aurions pu vivre, parfois, quand l’obscurité est trop lourde et que les cauchemars sont trop violents. J’aime penser qu’il y aurait eu d’autres crêpes sur la plage, d’autres escapades à Berlin pour contredire ton père. J’aime croire que l’aquarium n’aurait pas été le seul témoin de notre amour. Pourtant, la douleur est toujours là. Mais j’arrive à sourire, avant que les larmes n’arrivent. Avant que la souffrance ne serre mon cœur parce que tu n’es plus là pour les sécher.

Je lâche un soupire de désespoir et je me laisse aller à cette agonie silencieuse qui est devenue mon quotidien. Si je t’avais dis ça il y a encore quelques mois, tu ne m’aurais pas cru. Mais saches que j’ai presque rattrapé toute ma première année de droit. C’est dingue, n’est-ce pas ? Qui eu cru qu’un crétin de première comme moi, puisse un jour se consacrer assez à ses études pour espérer obtenir son diplôme ? A croire que je ne suis pas aussi con que ton père l’a toujours pensé. A croire que je suis un peu plus malin que ce que mes poings laissent croire à mes ennemis aussi nombreux soient-ils.

Parfois, les cauchemars me laissent tranquille quelques heures. S’annoncent alors des rêves, furtifs mais que je n’oublie plus. L’autre jour, tu m’as demandé quand je comptais venir te chercher. Tu m’as dis que si je revenais, tu ne serais pas capable de me repousser, parce que tu m’aime encore. Tu vois, ces images-là, même inventées par mon cerveau, je les grave dans ma mémoire. J’imagine qu’elles font partie d’une autre vie, d’un monde parallèle, et j’aime me raccrocher à ce monde qui n’existe pas. Parce qu’il est moins douloureux que celui dans lequel j’évolue désormais. Sans toi, plus rien n’a de sens.

Tous les jours je vois mon visage dans la glace. Des joues creuses, des pommettes saillantes, je ne suis plus aussi en forme que j’ai pu l’être. Je me demande alors si mon frère me reconnaîtrait. Je me demande s’il t’en voudrait. Je crois que non, dans le fond. Il dirait que pour avoir été accroc à ce point à toi, il valait mieux que tu te barre, pour que je réapprenne à vivre pour moi. Mais comment lui faire comprendre que je n’en n’ai pas envie ? Mon frère aime ses loups, il se fout du reste. Il n’a pas besoin d’aimer l’un de ses semblables pour se sentir comblé. Moi, j’avais besoin de t’aimer, toi.

J’aime penser que peut-être, quelque part, tu pense encore à moi. J’aime croire que j’ai été assez important dans ton cœur pour qu’aujourd’hui tu ne m’aies pas encore tout à fait oublié. Même si je sais, je suis conscient que ce n’est plus à moi que tu pense le matin en te réveillant. J’ai pensé évidemment, à profiter. A m’amuser sans plus me préoccuper du lendemain. Mais c’est au-dessus de mes forces. Aucun autre homme n’attire mon attention, aucun autre homme n’a la chaleur que tu me procurais, et aucun murmure ne saurait changer ce qui brûle en permanence dans mon cœur, désormais.

Je t’ai sûrement aimé trop fort. Je t’ai aimé trop longtemps, aussi. J’aurais dû simplement écouter les premiers signes, arrêter de t’attendre lorsque tu as disparu la première fois. J’aurais dû simplement laisser tomber tout ce que j’avais emmagasiné de toi et recréer des souvenirs avec des mecs du pensionnat. Me réinventer une vie, finalement. Faire en sorte que notre histoire n’ait duré que dix mois et ouvrir la couverture d’un nouveau livre, plutôt que de tourner en rond sur les mêmes pages pendant trois ans, jusqu’à ce que les feuilles s’arrachent à force d’être manipulées. J’aurais dû …

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MessageSujet: Re: Ça paraît si simple Wed 18 Oct 2017 - 15:00


Je ne saurais t'oublier


Je rêve de toi. Je rêve de nous. Je sens encore tes mains sur moi, ton souffle dans mon cou. Je sens encore ton odeur quand tu entre dans la même pièce que moi. Mais tu n’es plus là, et je n’arrive pas à faire face. Il y a des choses qui me font croire que l’avenir n’est pas écrit. Il y a des signes qui me disent d’espérer encore malgré la souffrance. Il y a l’espoir qui me hurle encore de me relever, de marcher quelques mètres supplémentaires. Alors mes pieds suivent mon cerveau, mais mon cerveau cherche la lumière de mon cœur et lui n’est plus rien d’autre qu’une boîte vide sans plus aucun intérêt.

Je t’observe dans mes rêves. Je te regarde, je t’aime aussi fort que je t’ai toujours aimé. Je suis en colère de te voir, je voudrais te faire du mal pour que tu comprennes que tu me manque. Mais je n’arrive qu’à souffrir, parce que tu me manque et tu ne semble pas comprendre. Tu regrettais, cette nuit. Tu as posé tes lèvres sur ma peau, tu m’as fait frémir de ta présence comme je frémissais autrefois. Tu as fais couler mes larmes parce que tu n’étais pas vraiment là. Mais j’ai senti tes mains, ton corps, ta chaleur, et j’ai voulu mourir tout de suite pour ne plus perdre cette impression d’être tout contre toi à jamais.

J’ai mal. J’ai tellement mal lorsque je regarde mon reflet dans le miroir. J’ai tellement mal d’espérer encore après tout ce temps, alors qu’il y a bien longtemps que tu as disparu. J’ai regretté de nombreuses choses dans ma vie mais je ne me souviens pas m’être fait jamais aussi mal que ce que je ressens aujourd’hui. Dans mes rêves, tu me serre encore contre toi. Tu me prends dans tes bras et je peux enfin me laisser aller, ne plus avoir mal. C’est dans tes bras que je me sens vraiment moi. Dans tes bras que je me sens à ma place. J’ai le sentiment de flotter, de ne plus avoir d’ancrage nulle part ici bas.

Je me fatigue. Je m’épuise de ton absence. Je m’accable du vide que tu laisse dans ma vie. Je trouve un peu de réconfort dans quelques notions inutiles, mais mon mal-être est si grand que rien ne demeure stable très longtemps. Mon regard se vide de tous nos souvenirs, comme pour laisser la place à la douleur. Je voudrais juste arrêter de penser, arrêter de me rappeler. Parfois j’ai juste envie de prendre le premier homme qui passe pour qu’il me réinvente une histoire, des chapitres à lire. Mais, j’ai peur, aussi. Ma vie n’a tourné qu’autour de toi pendant plus de trois ans. J’ai peur de ne plus savoir faire.

Je t’en supplie … Aides-moi à te haïr. Aides-moi à te détester. Aides-moi à rendre ma rancœur plus grande que l’amour que j’éprouve pour toi. J’en t’en supplie, abrèges mes souffrances. Fais en sorte que je ne sois plus capable de t’aimer. Parce que je ne tiendrais pas. Je ne resterais pas debout assez longtemps pour me remettre. Comment te faire voir comme j’ai mal ? Mais surtout, puisque tu ne regarde plus, comment passer à autre chose ? Il n’y a rien qui me pousse à aller mieux. T’imaginer vivre sans moi, te savoir à ses côtés, m’empêche de tourner la page. Je ne sais pas vivre sans toi.

Je n’ai jamais compris ce qui m’a poussé à t’aimer. Mais, justement, j’ai compris avec le temps que c’était là l’intérêt de t’aimer : parce que je ne savais pas pourquoi. Je n’avais pas de raison de le faire, je n’avais pas d’intérêt. Je t’aimais, c’est tout. Mais sans raison pour t’aimer, je n’ai pas de raison d’arrêter. Alors je continue de souffrir en silence, de me faire accompagner par ma solitude et ma peine. J’ai peur de l’avenir. Peur de ne pas arriver jusqu’à lui, et peur de le découvrir aussi. J’ai peur de ce qui n’arrivera pas, et peur de ce qui pourrait aussi arriver. Comment appréhender toute une vie sans toi à mes côtés ?

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MessageSujet: Re: Ça paraît si simple Wed 25 Oct 2017 - 23:07


Apprendre à marcher pour un autre


Il s'appelle Elijah. Il est profondément gentil. Je crois que depuis notre première soirée ensemble, il a commencé à compter pour moi. Etrange, n'est-ce pas ? Combien de personnes ont réellement compté, dans ma vie ? Bien peu, selon mes souvenirs. Et bien moins encore, ont su m'intéresser dès le premier échange de regards. Je crois que j'ai vu dans ses yeux, la souffrance qui se reflétait dans les miens. Je crois que j'ai entendu dans sa voix, les tremblements de mes propres cordes vocales. J'aimerais que tu le voie. Que tu l'entendes. Il ne se rend même pas compte comme il est intéressant et attachant.

En l’espace de quelques heures, j’ai senti dans sa présence un réconfort incroyable. Comme si, de nouveau, quelqu’un avait besoin de moi. Comme si mon existence prenait un nouveau sens. Je lui ai promis que nous nous relèverions de nos blessures, que nos cœurs brisés pourraient trouver un socle sur lequel se maintenir à nouveau. J’ai menti, bien sûr. Mais l’idée de mentir pour l’aider, l’envie de lui raconter cette histoire pour qu’il accepte d’y croire, m’a fait du bien, dans le fond. Je crois que je manquais d’une raison de vivre. Est-ce que je l’ai trouvée en lui ? Je n’en suis pas encore là.

Parce que malgré moi, malgré lui, tout ça ne me semble pas assez grand. Je veux qu’il vive. Je veux qu’il s’en sorte, qu’il se rende compte à quel point il a le droit au bonheur. Mais, pour autant, je n’ai pas encore trouvé de raison qui me pousse à vouloir rester. J’ai retrouvé la capacité de mentir pour lui, mais je n’ai pas retrouvé l’envie d’exister. Si je sens qu’il a besoin de moi, malheureusement moi, je n’ai besoin que de toi. J’aimerais tellement que tu saches à quel point tu me manques. J’aimerais tellement pouvoir te dire que ma vie n’a plus aucun intérêt sans toi. J’aimerais savoir où tu es, maintenant.

Que fais-tu de tes journées ? A quoi passes-tu le temps que tu ne consacre pas à tes réunions ? A qui ? Penses-tu qu’un jour, je finirais par te manquer ? Où repenseras-tu simplement à notre histoire comme de vagues souvenirs éparpillés dans ta mémoire ? Qui étais-je, pour toi, si ce n’est un bref détail dans ta vie ? Ta vois impérieuse me manque. Tes gestes autoritaires me manquent. Je voudrais sentir encore tes lèvres s’écraser contre les miennes, et ce même si désormais je peux serrer la main d’un autre qui ne désire que m’aider. J’aimerais qu’ils ne soient que des mirages et toi, ma seule réalité.

Je m’affale contre le dossier de ma chaise et je soupire profondément, le regard perdu à travers la fenêtre. C’est étrange de me dire que je ne suis plus enfermé entre les quatre murs de l’internat. Etrange de me dire que je suis libre de mes mouvements, non seulement parce que ma vie n’est plus régie par le règlement intérieur, mais aussi parce que les désirs de cet hommes ne sont plus des ordres que je dois suivre sans broncher. Etrange de me dire que je suis libre, et de constater que je donnerais n’importe quoi pour retrouver les chaînes rassurantes de mon passé. Retrouver mes repères à nouveau.

Je passe mes mains derrière ma tête, me frotte la tignasse dans un geste las et je descends mon regard sur le bas de mon écran pour constater l’heure. Bientôt, Elijah sera là. Je devrais me réjouir, mais son existence dans ma vie ne fait qu’appuyer l’absence de celui dont je voudrais profiter. Et la douleur n’est que plus intense lorsque je pose mes yeux sur l’homme aux cheveux blonds qui m’a promis soutien et silence. J’aimerais que notre relation n’ait jamais vu le jour, qu’elle n’ait jamais été nécessaire. J’aimerais que notre amitié fonctionne, qu’elle le sauve de sa détresse, qu’elle le sorte du néant.

Mais voilà que rien ne se passe. Et même si j’aurais toute la patience du monde pour lui, même si j’attendrais indéfiniment qu’il se relève et se batte, je ne constate aucun changement pour moi. Mon moral ne cesse de sombrer, mon cœur continue de s’effriter. Les souffrances se multiplient et l’agonie est devenue si familière qu’elle en devient presque banale. Je ne peux que me réjouir de mes cauchemars, des réveilles brutaux qui me font hurler la nuit. Parce que c’est tout ce qu’il m’a laissé en acceptant de partir. C’est tout ce qui me reste de notre vie, de ce qui m’a permis d’exister.

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MessageSujet: Re: Ça paraît si simple Sun 29 Oct 2017 - 18:18


Mais je suis juste humain


Quand j'étais gosse, je rêvais au grand amour. Je rêvais à cette fille que j’aimerais plus fort que ma propre vie. Cette fille qui, lorsque je la regarderais dans les yeux, comprendrait tout ce que je ressentais, et saurais mettre fin aux angoisses que je cachais au monde entier. Je pensais qu’elle était là, quelque part, qu’elle m’attendait. J’étais impatient de la rencontrer. Je voulais la trouver à chaque coin de rue, je cherchais dans chaque regard, dans chaque sourire, le petit quelque chose qui aurait poussé mon cœur à s’envoler bien loin au-dessus des nuages. Mais, malgré ma volonté, elle n’est jamais arrivée.

A sa place, j’ai croisé ta route. Je pensais ce soir-là, à toute la colère qui se mêlait dans ma tête. J’étais obnubilé par un désir profond de vengeance et de frustration. Mélange entre la rage et le manque. Je voulais juste exploser la tête de quelqu’un, et c’aurait pu être n’importe qui. J’avais seulement besoin d’extérioriser ce que je ne pouvais pas libérer légalement. Alors je me suis rendu à ce rendez-vous, avec la seule idée de lâcher enfin un peu de cette rage qui m’a toujours habitée. Tu sais, quand j’y repense, je crois que c’est là la première erreur que nous avons commise. Tu n’aurais pas dû m’appeler à toi.

Qu’est-ce qui a bien pu te faire choisir de me faire venir ? Qu’est-ce qui a bien pu t’intéresser chez moi alors que tu n’avais même pas la moindre conscience de mon existence ? Pourquoi le Destin a-t-il décidé que toi et moi, nous devions nous trouver ? Est-ce seulement le Destin ? Ou n’ai-je été que la victime improbable d’un hasard perfide ? Tu voulais t’amuser, j’étais impulsif. Peut-être était-ce là notre deuxième erreur : être nous-mêmes. Si ma fiche de renseignements n’était pas tombée entre tes mains, m’aurais-tu seulement remarqué ailleurs ? Aurais-tu posé tes yeux sombres dans les miens ?

Je crois que non. Parce qu’il y a toujours eu cette distance entre nous, que tu as pris soin de garder et de nourrir avec les années. Quand je t’ai ouvert mon cœur, tu n’as laissé qu’une fenêtre ouverte sur le tien. Comment fonctionnes-tu aujourd’hui avec lui ? Caches-tu encore tout ce que tu as refusé de partager avec moi ? Ou a-t-il la chance de pouvoir te soutenir, lui ? Parce que j’ai mal de ton absence, mais j’ai surtout mal d’avoir fait face à tes silences, mal de savoir que tu n’as jamais eu assez confiance en moi pour me laisser entendre ce qui pour toi, n’allait pas. Mal que tu ne m’aies pas aimé assez pour ça.

Et je suis en colère. Je suis tellement en colère. J’aimerais que tu te rendes compte, que tu me vois, que tu souffre aussi. J’aimerais juste entendre tes pleurs derrière la porte, pour savoir que j’existe encore à tes yeux. J’aimerais ne pas voir son visage radieux parce qu’il t’aime et que tu l’as choisi, lui. J’aimerais ne jamais lui avoir laissé entrevoir une issue. J’aimerais n’avoir jamais amorcé la bombe de notre rupture. J’aimerais juste, débouler un jour et t’ordonner de revenir. J’aimerais juste que tes mains serrent les miennes à nouveau, que ton regard plonge encore dans le mien, pour ne plus jamais le lâcher.

Je voudrais que tu m’entendes encore, que tu m’écoute aussi. J’aimerais pouvoir hurler dans tes oreilles à quel point je peux t’aimer, et j’aimerais que tu hurle dans les miennes à quel point je t’ai manqué. Quand est-ce que j’ai merdé, putain ? Quand est-ce que je t’ai laissé croire que tu pouvais partir, que nos différences ne seraient pas surmontables ? Quand est-ce que tu as choisi d’abandonner, de ne plus y croire ? A quel moment j’ai foiré, exactement ? Quand aurais-je dû te dire de fermer ta gueule et de te contenter de m’aimer encore un peu ? Et jusqu’à quand mon cœur battra-t-il encore, sans toi ?

Je t’en prie … Je t’en supplie, entends encore mes appels. Attends encore ma voix, mon rire. Ecoutes nos souvenirs et souffres de mon absence comme je souffre de la tienne. Je t’en supplie, sois marqué au fer par notre amour, par cet échange que nous avons vécu et auquel je ne parviens pas à mettre fin. Pitié, dis-moi que tu m’aimes encore. Qu’il n’est rien à côté de ce que tu as éprouvé pour moi. Que tu ne peux vivre sans moi, que ta vie n’a plus de sens. Je t’en supplie, sois encore à moi, tires plus fort sur l’élastique pour revenir encore plus violemment contre moi. Cette fois, je ne te lâcherais plus. Plus jamais.

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MessageSujet: Re: Ça paraît si simple Sat 4 Nov 2017 - 21:20


Il a quelque chose de toi, de nous


Il est … Il est différent de toi. Il a quelque chose de rassurant qui se mêle à un sentiment d’inquiétude. Il semble trop lointain à la souffrance, tout en la représentant par sa seule présence. Il est fort en étant faible, intelligent en étant naïf. Il a quelque chose que je découvre un peu chaque jour, et dont je me demande s’il en est l’origine ou si c’est moi, autrefois, qui ne le voyais pas. Le temps semble passer à une vitesse fulgurante, quand il est là. Et en même temps, c’est comme si il s’arrêtait pour éterniser nos instants de solitude. Il est un réconfort que je ne saurais nier, même s’il n’est définitivement pas toi.

Je n’ai rien fait de remarquable dans ma vie. Mais … Te rencontrer, à été pour moi quelque chose de remarquable. Quand tout me semblait écrit d’avance, quand le Destin semblait se moquer de moi, quand une puissance supérieure semblait avoir choisi mon histoire, tu as débarqué dans ma vie comme un boulet de canon. Je t’ai explosé au visage comme tu m’as explosé au visage, et c’est comme si nos armatures s’étaient emboitées l’une dans l’autre pour se compléter, se soigner de leurs blessures. Alors je cherche encore, après tout ce temps, ce qui a pu arriver pour que nos soudures se brisent.

Tu étais mon souffle de vie dans un monde où je n’étais plus que tristesse et amertume. Tu as attrapé ma main à l’instant où j’avais lâché le bord, et tu m’as tiré vers le haut sans me demander mon avis. Alors, par dépit d’abord, j’ai accroché tes doigts. Mais lorsque tes yeux se sont posés dans les miens, je n’ai plus été capable de penser à autre chose qu’à la chaleur de ta main dans la mienne. Je n’ai dès lors, plus eu la force de la lâcher. Je n’ai plus eu le désir de marcher seul, de mon côté. J’ai trouvé dans tes bras, le réconfort et le courage dont on m’avait privé. J’ai trouvé dans tes yeux, où donner mon amour.

Je crois que j’ai souffert tellement longtemps, que je me suis habitué à la douleur, et qu’elle m’est devenue nécessaire parce que je me suis persuadé, le monde m’a persuadé qu’elle était tout ce que je méritais. Pourtant, quand je regarde dans ses yeux, j’entrevois autre chose. Quand je regarde dans ses yeux, j’aperçois une nouvelle lueur, de nouvelles possibilités, et je pense qu’il est possible de décider quand on se sent prêt à vivre heureux. Mais, même si je lui dois ça, même si c’est dans son regard que je trouve l’espoir aujourd’hui, c’est à toi que je continue de penser. En nous que je continue de croire.

Il a quelque chose de grand, de rassurant. Il a cette faiblesse qu’il sait cacher, ce jeu d’acteur qui berne tout le monde. Il a quelque chose de différent de toi, mais ce qui m’attire chez lui, ce sont vos similitudes. Il cache ses frayeurs aussi bien que toi. Mais chez lui, je vois clair quand chez toi, je me trompais toujours de couloir, dans l’obscurité. J’ai tâtonné pour te trouver durant toutes ces années, et tu fuyais à chaque fois que je gagnais quelques mètres vers toi. Tu m’as chassé quand j’ai touché ton cœur et j’ai cru que tu ne m’aimais plus. Mais en réalité, tu avais juste peur que moi, je ne t’aime plus.

Ce que tu n’as jamais compris, c’est que je t’aimais pour ce que tu montrais, mais aussi pour ce que tu cachais. Ce que tu n’as jamais compris, c’est que j’aurais traversé le monde si tu me l’avais demandé, juste pour te retrouver de l’autre côté. Mais peut-être, que je n’ai jamais compris que toi, tu attendais la même chose de moi. Peut-être espérions-nous tous les deux, que l’autre lise dans nos silences. Nous nous faisions trop confiance, n’est-ce pas ? Nous croyions ce que l’autre disait alors que nous aurions dû faire confiance à nos instincts lorsque nous pensions que l’autre nous mentait pour se protéger.

Tu prétendrais m’avoir oublié, si je te faisais face. N’est-ce pas ? Et je prétendrais être heureux, si nos regards se croisaient à nouveau. Bêtement, nous hurlerions en nous-mêmes, que l’autre ment forcément, que nous nous sommes trop aimés pour passer à autre chose. Pourtant nous ne dirions rien de ce que nous penserions. Nous acquiescerions en silence, et nous nous séparerions comme si les choses étaient claires. Nous emporterions chacun de notre côté nos douleurs, et nous irions mourir un peu plus loin, en pensant laisser l’autre vivre enfin heureux. Nous sommes stupides, Lee Davis.

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MessageSujet: Re: Ça paraît si simple Fri 10 Nov 2017 - 9:00


Sans toi, je n'ai plus rien à perdre


On dit qu’il faut laisser du temps au temps. Que les blessures finissent toujours par cicatriser. Mais les cicatrices, elles, demeureront toujours, n’est-ce pas ? Bon sang … Ne peux-tu pas seulement m’aimer ? Ne peux-tu pas te contenter de mes sentiments pour toi, sans te préoccuper de mes défauts, de mes troubles psychologiques ? Pourquoi faut-il que tu reste loin de moi ? Pourquoi faut-il qu’il te suffise aujourd’hui ? Je n’arrive pas à me faire à l’idée. Je n’arrive pas à m’habituer à ton absence. Tu ne te rends pas compte, n’est-ce pas ? Tu ne réalise pas à quel point j’ai mal d’être si loin de toi.

Parfois, j’ai moins mal. C’est très récent, mais mes nuits s’allongent. D’une heure, parfois deux. Je parviens à garder les yeux fermés un peu plus longtemps, et les cauchemars perdent leurs places petit à petit. Mais ils sont toujours là, et toi tu es absent. Les jours passent, les semaines s’écoulent, les mois se suivent sans que ma douleur s’amenuise. Non, tu ne comprends pas que je vis pour toi, que mon cœur bat pour toi. J’ai beau croire en lui, j’ai beau apprendre à aimer la chaleur de ses mains, il n’est pas toi. Il ne sera jamais celui que j’ai aimé. Il ne sera jamais ma raison de vivre. J’ai si mal … Si mal de nous …

Les yeux embués de larmes, je t’écris une autre lettre. Encore une lettre, qui ira dormir avec toutes les autres, au fin fond d’un placard d’où elles ne sortiront jamais. Un jour, peut-être, seront-elles le vestige d’une vie passée ? Si tu pouvais entendre ma voix … Si tu pouvais entendre mes pleurs … Si tu pouvais poser encore une fois ton regard dans le mien, et me dire que tout ira bien … Quand je perds conscience, dans l’obscurité des ruelles, ce n’est pas son visage que je vois. C’est le tien. Ce n’est pas sa voix que j’espère, et ce ne sont pas ses bras que je supplie de me serrer. Ce sont les tiens. Toujours les tiens …

Merde, j’ai si mal … La solitude me dévore à petit feu, les angoisses se nourrissent de ma fatigue pour se multiplier, et l’épuisement me gagne un peu plus chaque jour. Les cours ne semblent plus d’aucune importance. Je n’ai plus personne à rendre fier, aujourd’hui. Je n’ai plus personne à qui dire « ça y est, regardes, j’ai réussi ! » Pour toi, j’ai réussi … Tu ne verras jamais le diplôme que j’obtiendrais. Tu ne m’attendras jamais le soir, quand je terminerais une dure journée. Je ne fêterais jamais avec toi ces dossiers gagnés au tribunal. Je ne rentrerais jamais le soir pour te sourire, parce que j’ai gagné.

Tu n’es plus là aujourd’hui, pour entendre dans mes silences tout l’amour que j’éprouve pour toi. Il n’y a que lui pour m’écouter, et il ne se préoccupe pas réellement de ce que je ressens. Il n’est là que parce que je lui ai demandé. Il ne serre mon corps contre le sien que parce que j’ai mal de ne pas être dans tes bras. Mais il n’est pas là, la nuit, quand je me réveille en hurlant, quand mes cauchemars me brûlent le cerveau, quand mes larmes dévalent mon visage pour inonder mes oreillers. Il me semble que ça fait une éternité maintenant, que je n’ai plus personne pour me soulager de mes peines. J’ai si mal, si tu savais.

Tu n’entends pas, n’est-ce pas ? Tu n’entends pas ma voix t’appeler dans l’obscurité. Ce n’est plus un simple couloir qui nous sépare, c’est plusieurs rues. Et même, probablement des centaines de kilomètres, puisque tu n’es même plus présent en cours. J’essuie mes larmes lorsqu’elles coulent, comme ce soir, sans raison apparente. Mais même si mes manches les absorbent docilement, elles finissent toujours par réapparaître. Elles trouvent toujours un moment, elles profitent d’une période d’inattention pour s’échapper, pour humidifier mes joues, pour imbiber mes vêtements.

Tu ne vois pas, n’est-ce pas ? Tu ne vois pas mes yeux rougis et gonflés lorsque je traverse les couloirs. Tu ne vois pas mon visage baissé vers le sol, quand autrefois je fixais les gens dans les yeux. Je n’ai même plus cette attitude défiante que j’arborais autrefois. Pour quoi faire, au juste ? Je n’ai plus personne à impressionner, je n’ai plus rien à défendre. Je n’ai plus rien à perdre depuis longtemps, parce que je me suis tiré dessus tout seul. J’ai placé moi-même le couteau face à mon cœur, et j’ai appuyé de toutes mes forces à la place d’un quelconque adversaire. Ils ne peuvent plus rien contre moi. Je suis déjà mort.

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