Lysandre Watherlight
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Master Arts Plastiques et Visuels

Lysandre Watherlight - Artiste

MessageSujet: Lysandre Watherlight - Artiste Wed 10 Aug 2016 - 0:22

Nom
Watherlight
Prénom
Lysandre
Âge
19 ans
Classe
Master arts plastiques et visuels
Groupe
Artistes
Club
Dessin
Nationalité
Espagnol de naissance mais déclaré anglais
Sexualité
Homosexuel
Avatar
Le brun de Re°
Goûts
Il a cru un jour aimer la solitude avant de se rendre compte qu'elle était insupportable. Pourtant malgré cela aller vers les autres n'est pas son point fort et il ne parvient pas à supporter leur présence plus de quelques minutes. Se murer dans ses pensées est peut-être quelque chose qu'il aime faire, ignorer le monde, tracer son propre chemin, tranquillement. Il a toujours aimé la musique, mais il ne joue plus que pour lui même de temps à autre, se bornant à simplement en écouter lorsqu'il désire se recroqueviller dans sa tête et ne laisser qu'une coquille vide aux yeux des autres, tout comme le dessin est une façon de changer d'univers. Il aime énormément lire, toutefois aucune de ces activités n'est au dessus de l'équitation. Oui, c'est un homme qui monte à cheval, propriétaire d'un hongre selle français palomino, Onyx de l'Oisonnière, très polyvalent, avec qui il aime bien aller en concours. Car étrangement la pression des concours ne le dérange pas puisqu'il se love dans sa bulle. Il a peur des insectes et a également d'autres phobies décrites par des ignorants comme "mensonges". En effet, Lysandre est nyctophobe et claustrophobe et craint également les contacts physiques avec les gens, de quelque nature qu'ils soient, sauf exceptions se résumant à Nathaniel, son ami d'enfance ainsi qu'à celui qu'il considère comme son meilleur ami et âme sœur : Oliver. 
This is who I am.



My body.  
Ce que vous voyez de Lysandre n'est qu'une façade, l'image qu'il accepte de donner aux gens. D'abord il y a deux orbes noires ancrées sur un visage opalin, mais pas ce noir terne que l'on pourrait trouver chez certains, non, c'est différent. On n'a pas l'impression de tomber dans un gouffre sans fin mais plutôt au milieu d'une galaxie pleine de subtilités, de nuances et de lumières. Certaines personnes disent que les yeux sont les miroirs de l'âme, c'est encore plus vrai chez lui. Si son visage affiche parfois un simple masque de neutralité, ses yeux ont souvent tendance à le trahir sur ce qu'il ressent vraiment, comme s'ils ne pouvaient pas mentir. Il y a aussi des cheveux bruns aux reflets acajous qui descendent jusqu'à ses oreilles, doux et entretenus, soulignant un visage fin par lequel on peut-être quelques secondes subjugué. Mais ces lèvres qui ne connaissent que trop peu les sourires et les différentes émotions brutales subsistant sur chacun des traits rebutent parfois certaines personnes, les font fuir, et personne ne souhaite réellement l'aider pour y peindre le bonheur.

Son cou est fin et délicat, appelle peut-être des mains à s'entourer autour. Les épaules s'étendent avec délicatesse, comme s'il allait se briser, mènent à une taille sûrement bien trop fine qui surmonte des hanches quasiment inexistantes sous ses vêtements, elles mêmes suivies par de longues jambes fines. Sa démarche est fluide, dansante, presque lancinante. Légère. Oui, il semble si léger qu'il pourrait rejoindre les étoiles. Il n'est pas très grand. 1m80 ce n'est pas énorme. C'est grand mais pas trop. Il reste dans les normes. Pour ce qui est de son poids, c'est très impoli de demander. Mais si vous tenez réellement à le connaître alors le voici : 65kg tout rond ! Il n'est pas gros, non, il est même maigre. Trop maigre. Il a beau faire de son mieux, il a tendance à oublier de se nourrir ou à ne pas y parvenir, faute à un estomac serré et douloureux.

A première vu il n'y a que cela. Pourtant si on prend soin d'observer lorsqu'il se change dans un vestiaire par exemple, on peut aisément voir les cicatrices blanchâtres sur le poignet, mais plus celles zébrant son dos. Il a prit la décision de les recouvrir d'un tatouage partant du bas de son dos et se terminant sur le dos de ses mains, un tatouage magnifique entremêlant squelette et insecte, serpent et végétation. Juste pour masquer des marques plus ou moins anciennes faites par un père trop cinglé pour ne pas s'en prendre à son propre enfant.





My heart.  
Qui peut dire et comprendre ce qui se passe dans la tête de Lysandre ? Pourquoi est-il parfois si calme d'apparence alors qu'au creux de sa tête passent mille choses ? Comment décrire un esprit comme le sien ? Commençons d'abord par le début. Par ce qu'on peut voir de lui à première vue. Quelqu'un d'immensément timide, sûrement trop. Quelqu'un qui ploie sous une tentative de contact afin d'y échapper. Un pas en arrière, une tape sur la main, une esquive habile. Si on creuse un peu plus loin cependant, on comprend vite que ce n'est pas de la timidité qui se cache en dessous mais bel et bien d'autres choses. Des choses qui vous feraient frémir et dont il ne parle pas si facilement.

Il est maladroit. Trébucher et tomber dans la rue, ça lui arrive bien trop souvent, tout comme il aime se prendre les portes et les murs, les coins de meubles. Si vous voulez un décorateur d'intérieur, vous pouvez également faire appel à lui ! Mettez le dans la cuisine et demandez lui de préparer quelque chose et vous pourrez voir que ses talents n'ont d'égal que sa sociabilité. Autrement dit il n'est pas fichu de cuisiner sans y laisser un doigt ou sans repeindre les murs tout comme il va trop peu souvent vers les gens pour leur parler. Il a d'ailleurs tendance à s'enfermer dans un bon bouquin, une musique ou un dessin pour échapper à cet univers dans lequel il est inadapté, et vivre seul est donc assez compliqué pour lui du fait de toutes ces maladresses qui manqueraient parfois de le tuer.

Si certaines personnes sont violentes, Lysandre ne le sera jamais, principalement à cause de son passé. Pourtant il n'hésitera pas à protéger ces quelques personnes qui lui sont chères mais qui sont si rares en usant de tout son pouvoir, c'est à dire quelque chose de bien trop léger. Il préfère nettement la fuite aux joutes, qu'elles soient physiques ou simplement verbales. Il a tendance d'ailleurs à faire pitié, parce qu'en présence de violences et de coups, soit il fuit, soit il se recroqueville en tremblant, reprenant ces comportements pouvant être appelés autistiques par certaines mauvaises langues. Mais à part ça n'hésitez pas à l'apprivoiser, c'est un jeune homme charmant parait-il ! Quoique... Peut-être cache t-il de nombreuses choses ? Je n'en dirais pas plus, venez le découvrir.





My story.  

La grande villa située non loin de la mienne, aux abords de Barcelone, avait toujours abrité les rires joyeux des enfants. Elle avait été construite en 1919 par une famille espagnole extrêmement riche qui l’avait finalement abandonnée à la fin de la guerre. Mon père, depuis mon enfance, me raconta qu’elle était maudite, cherchant seulement à me faire peur, et j’y croyais. Je rêvais de fantômes, de spectres tous plus monstrueux les uns des autres, de monstres sortis tout droit de la gueule des enfers, et jamais je ne m’approchais de cette maison trop grande, trop sombre, dons les parois étaient rongées par les plantes invasives, aux fenêtres brisées par lesquelles le vent passait et faisait gémir les fondations. J’en avais terriblement peur, si bien que le jour où je les vis pour la première fois, je crus à une illusion. Elles sortaient toutes deux de la grande porte de chêne de cette immense bâtisse devant laquelle je passais avec mon père à ce moment là, deux petites créatures, voletant dans leurs robes blanches. La première avait la taille cintrée par un ruban gris clair, la seconde en portait un noir. Je me rappellerais toujours de ses longues boucles blondes cascadant déjà sur ses épaules frêles, voletant allègrement avec la bise alors qu’elle courait vers le ballon qu’elle avait abandonné là. Comme une ombre, sa jumelle la suivait. L’ombre dans les pas de l’ange. Leur père avait racheté la maison pour une bouchée de pain et ils étaient directement venus s’installer ici après quelques réparations que même mon géniteur n’avait pas vu faire. Je n’avais jamais rien vu d’aussi beau et c’est ainsi que tous les jours, je les observais en secret, caché derrière la haie qui séparait nos deux terrains.

C’était une famille heureuse, dans laquelle je m’intégrais rapidement grâce à nos parents qui devinrent amis. Les jumelles, toutes deux pleines de grâce, se ressemblaient énormément, mais celle que je préférais, c’était Amy. En secret, je l’aimais. Elle avait toujours eu quelque chose de plus que sa sœur. En effet, Ana était empreinte d’une beauté glaciale, celle qui ne donne pas envie de s’approcher, de peur d’être dévoré sur place. Ses regards démontraient l’affection sans nom qu’elle lui portait, pourtant j’avais cette impression qu’elle cachait tout au fond d’elle, une immense jalousie. C’était comme si elle masquait une terrible envie de la voir morte.

Le souvenir d’Amy aux longs cheveux dorés dansant dans la douceur d’un soir de juillet restera à jamais dans ma mémoire. Elle charmait toute la famille, semblant voler dans sa robe bleue à rubans noirs, son rire clair résonnant au milieu de tous, ses sourires d’ange et ses prunelles d’azur illuminant le monde. Et trop rapidement, les années filaient. En sa compagnie, je me sentais plus que vivant, recevant de temps à autre ses éclatants sourires alors que sa sœur restait inlassablement dans son sillon. C’est lors d’un repas pris avec eux, qu’ils nous annoncèrent l’effroyable nouvelle des fiançailles d’Amy. Tout mon monde ce jour là c’est effondré alors que je gardais le souvenir encore tiède de ses baisers sur ma joue. Mais qui aurait pu m’éloigner d’elle ? Je préférais rester à veiller sur elle, plutôt que de m’en éloigner et je saisis l’opportunité de rester à ses côtés. Je décidais d’épouser Ana, et nos mariages furent célébrés le même jour. Son mari était saoul, endormi à même la table, et moi, légèrement ivre également, je décidais de monter rejoindre ma chambre, laissant ma propre épouse en bas, en compagnie de son père. Sauf que ce soir là, ma raison l’emporta, et c’est le lit d’Amy que je rejoignis. Ce fut pour elle comme une libération. Elle s’offrit à moi d’une façon qui laissait comprendre que c’était moi qu’elle avait toujours attendu, pas un autre, mais je n’aurais pu imaginer que ce soir là, elle commencerait à porter mon enfant en son sein.

Son mari n’ayant pas consommé sa nuit de noces, on su immédiatement que j’étais le fautif et je ne le niais pas, en ayant assez de masquer cet amour que je cachais depuis 14 ans. Contrairement à ce que je pensais, Ana ne m’en voulut même pas, non, mais elle commença à haïr sa propre sœur, son sang, sa moitié, la lumière dans cette âme fragmentée en deux corps. Quant à leur père, il tomba aussitôt dans l’épais liquide de la haine et donna l’ordre d’enfermer Amy à clé dans la chambre du deuxième étage, celle qui ne possédait qu’une minuscule fenêtre, et il empêcha quiconque le voudrait de la voir.

Le 26 Août, Amy mit au monde un petit garçon. Si un médecin avait été présent lors de l’accouchement, il aurait probablement pu maîtriser l’hémorragie dans laquelle s’enfuyait la vie de l’adolescente qui griffait la porte fermée, hurlant à pleins poumons, tandis que de l’autre côté, son père pleurait en silence sous le regard de sa mère tremblante. Sous celui froid de sa sœur. Sous le mien, haineux, impuissant dans une telle situation. Si un médecin avait été là, il aurait accusé son père d’assassinat, car aucun autre mot ne pouvait décrire la vision de cette chambre ensanglantée et obscure. Mais il n’y avait personne. Et quand il ouvrit enfin la porte, ce fut pour découvrir Amy morte, gisant dans son sang, étreignant un bébé cramoisi et luisant qui hurlait tout ce qu’il pouvait. Un médecin fut acheté pour annoncer qu’il y avait eu des complications, le bébé revint à ma femme. Deux ans plus tard, la mère des jumelles mourut, et je sus immédiatement qu’elle avait été tuée par le feu qui la dévorait de l’intérieur, que les hurlements d’Amy et ses coups désespérés contre la porte, n’avaient jamais cessé de résonner en elle.

Ana, le bébé et moi avions quittés l’Espagne pour l’Angleterre. Au fur et à mesure que Lysandre grandissait, les cauchemars de mon enfance revenaient, plus violents encore, me laissant hurlant de rage et pétrifié de peur. Le souvenir d’Amy ne me quittait plus non plus. Les gens disaient toujours qu’il me ressemblait, pourtant je ne voyais que sa mère, celle que je n’avais pas. Lorsque je faisais l’amour à Ana, c’était sa sœur que j’imaginais dans ce lit, tremblante de désir pour moi, comme cette seule fois où nous nous étions mutuellement aimés. Finalement, alors que Lysandre arrivait sur ses 5 ans, Ana mit au monde un garçon. Etrangement, ce fut lui que je commençais à aimer, et pas cet être qui me rappelait sans cesse mon amour perdu. Ce fut sur Lysandre que je commençais à taper alors que je plongeais dans cette même haine visqueuse dont avait été animé mon beau-père. Jamais je n’ai été saoul, pas une seule fois, lorsque je le cognais. J’étais parfaitement conscient. Parfois je me suis demandé pourquoi je faisais ça, mais la réponse restait enfouie au creux de mon esprit, refusant pour le moment d’y éclore.

C’est seulement de nombreuses années plus tard que j’ai compris. Je le punissais parce qu’il avait tué sa mère, parce que sans lui, elle serait toujours là, je pourrais toujours admirer son magnifique visage. Je le haïssais parce qu’il faisait renaître des sourires douloureux en moi. Je n’étais qu’un homme rongé par une haine et un amour indestructibles, qui ne pouvait plus aimer que son propre reflet. C’est pour ça que je pouvais regarder le fils d’Ana, parce que je ne voyais que mon portrait craché, alors qu’en Lysandre, ces ressemblances que les autres nous trouvaient, je ne pouvais pas les percevoir. Alors quand il partit de chez nous, ce fut un réel soulagement pour moi. Mais je n’avais pas pensé qu’un jour, son oncle, le frère cadet des jumelles chez qui il vivait, tomberait malade et serait forcé d’être hospitalisé.

* * * * * * * * * * * * * * *

Mon oncle a dû être hospitalisé. Je sais que je ne pourrais pas rester seul à la maison. Je n’en ai pas le droit, je suis mineur. Mais je ne veux pas retourner là bas, alors je me fais tout petit dans l’appartement, je ne réponds pas quand on frappe. Faire croire qu’il n’y a personne… Mais quelqu’un est entré aujourd’hui, et m’a trouvé, recroquevillé au milieu de mon lit. Il m’a forcé à faire ma valise. A y retourner. Ange arraché de son paradis pour être envoyé en enfer. Je me souviens parfaitement qu’on m’a accompagné jusqu’à la porte d’entrée. Qu’étant dans l’incapable de frapper moi même, on l’a fait pour moi. J’ai vu avec horreur la porte s’ouvrir, et ma mère apparaître. J’ai senti immédiatement tout mon corps brûler d’une effroyable terreur, mon monde s’écrouler dans une lente agonie, hurlant son désespoir et sa douleur en silence, jusqu’à se réduire au néant, mon cœur se mettre à battre très fort, comme s’il allait se rompre au prochain battement. C’était douloureux, mais pas cette douleur qui parfois, nous fais du bien, pas celle qu’on peut aimer ressentir parce qu’avec elle on se sent vivant. C’est celle qui vous détruit au plus profond de vous. Ce phénomène s’accentua d’ailleurs en voyant mon géniteur apparaître à la suite. Mes yeux se baissèrent immédiatement vers le sol. Le monde tournait autour de moi. Je crois bien que s’il n’y avait pas eu le mur, je me serais écroulé.

Les semaines commencèrent à défiler, lentement. Les journées étaient toutes d’un semblable effrayant, des journées monochromes au goût de sang, de larmes, de cris, de malaises, de crises d’angoisses. Le retour des anciennes douleurs, laissées au fin fond d’un esprit jusqu’à maintenant. Douleurs physiques. Douleurs morales. Je clopinais sur un chemin sinueux me conduisant tout droit jusqu’aux ténèbres. Les heures dans le placard me permettaient de pratiquer des exercices de respiration. Celles dans la cave, de faire jouer ma mémoire. Je tentais de respirer. De retrouver des fragments de vie que j’avais vécu dans la lumière, le temps de quelques mois, avec Aidan, avec Harley, avec Nathaniel. Je tentais de retrouver chacun de ces visages que j’avais aimé ou du moins apprécié. Et des bribes de phrases, la chaleur des mots, me revenaient parfois. « Tu me trouve laid Lysandre ? » Je me souvenais avoir eu envie de hurler que non je ne le trouvais pas laid. Qu’il n’y avait que moi qui étais laid. J’aurais du le faire n’est ce pas ? Maintenant c’était trop tard, je le savais. Maintenant, j’allais mourir, enfermé dans un placard, enfermé dans une cave. De manque d’air, d’hypothermie. Sous les coups de ceinture que je recevais. De douleur. Sous les regards froids de ma mère. Sous les sourires joyeux de mon frère. Sous le bonheur de cette famille dans laquelle je n’avais rien à faire.

Il y eut ensuite ce soir là. Mon père avait frappé encore une fois, mais là, il était saoul. Je crois bien que c’est la première fois que je l’ai vu saoul. Il faisait peur. Titanesque, il se dressait devant moi. Ses doigts ont agrippés mes cheveux, et il m’a balancé dans l’escalier. Mon corps a roulé, rebondit, grand fracas, chute lente et douloureuse, insonore, je ne sais plus. Personne n’a accouru, personne n’a eu peur, personne n’a appelé les pompiers, ou les flics. Il n’y avait que moi, avec ma peur, ma tristesse, ma douleur, ma mort. Lui avec ses tissus enveloppés par l’alcool, son regard fou, son rire cruel. Et cette phrase, courant dans ma tête. « Tu me trouve laid Lysandre ? » Une boucle infernale dans laquelle leurs voix engouffraient... Jusqu'à ce que l'ombre s'abatte violemment sur moi, m'étouffant, m'empêchant de respirer, de penser, de voir.

C'est quand on se réveille seul, là où est tombé, que l'on comprend réellement sa solitude. Ma tête tournait encore et pourtant j'étais déjà debout. J'ignorais combien de temps s'était écoulé. Des étoiles brillaient dans le ciel noir, les mêmes qui dans mon enfance, brillaient dans mes yeux et je me sentis encore plus triste, encore plus seul. Leurs voix avaient cessé de danser dans mon esprit. J'étais brisé. Mes os avaient eu de la chance de tenir cette fois ci, mais c'était déjà dans une fois semblable à celle là que ma hanche s'était cassée. Sauf que c'était bien la première fois que je voyais mon bourreau être saoul.

Lentement, mon corps remua et commença à monter les marches, les unes après les autres. Une ascension difficile, trop douloureuse, en haut de laquelle mon petit frère m'attendait, son éternel sourire ayant laissé place à l'inquiétude. Il prononça des mots que je ne cherchais pas à comprendre, me rendant dans ma chambre pour prendre mon portable, retournant ensuite dans le couloir pour passer à la salle de bain, m'y enfermant sans rien dire. Le sang battait contre mes tempes, y pulsait douloureusement, et chaque mouvement était comme ralentit, comme alourdi, j'avais l'impression d'avoir pris 50 kg en une soirée. J'observais un instant mon visage maigre et tuméfié dans le miroir avant de détourner le regard. Le monde recommençait à valser sans un son autour de moi. Je me sentis instinctivement composer un numéro sur mon portable au beau milieu de cette nuit d'hiver. Il répondit, mais aucune joie ne traversa mon visage. Aucune joie ne traversa ma voix. Juste du sel, des larmes, la douleur. Un sanglot. Je craquais pour la première fois devant Nathaniel.

"Donne-moi juste une raison... De laisser mon coeur battre encore..."

La voix de mon ami me parvenait mais trop lointaine pour que je l'entende. Je n'entendais plus rien que mes propres paroles, rien que le sang pulsant douloureusement contre mes tempes, rien que le son de mon coeur qui se brise. Ma main laissa lentement l’appareil s’écraser au sol, laissant à Nathaniel le temps de répondre, mais je n'écoutais plus. Je savais que lui, par contre, pouvait m’entendre. Quelques phrases me revenaient. "En attendant je te garde près de moi, rien ne t’arrivera plus jamais, je te le promets. Aies confiance en moi. " Je t'ai fais confiance Aidan, mais où es-tu maintenant ? Je n'ai pas eu de nouvelles depuis longtemps maintenant. Des mois. De longs mois que j'aurais aimé ne pas avoir à vivre. Où est passée cette chaleur que me procurait ta main pressée contre la mienne ? Où sont passés ces minutes de paix passées en ta compagnie ? Dans mon cœur il n’y avait plus qu’un mot. Solitude. Un mot que l’on ne pouvait plus combler, du moins pour le moment. Et alors que la voix paniquée de mon frère résonnait à la porte, mes doigts saisirent instinctivement les lames de rasoir de mon père pour les étreindre doucement, l’une d’elle déchirant ma peau, laissant une goutte écarlate rouler pour s’écraser sur le plancher. Je les regardais sans les voir. Mon souffle court, mes prunelles perdues dans un vague total… Toute personne qui m’aurait vu à ce moment là aurait su ce que je voulais faire, ce à quoi je pensais. En fait je n’essayais même pas de penser à autre chose, je laissais voguer mon esprit vers cet acte que j’avais longtemps hésité à faire, celui qui, j’en étais plus que certain, me conduirait vers un monde meilleur, sans soucis, sans jugements, sans violence.

Les cris, les larmes, la souffrance, tout serait terminé, tout ne serait plus qu’un lointain souvenir après cela. Alors toujours sans réfléchir, je dirigeais la lame vers mes poignets fins, y laissant des marques de feu. Au fur et à mesure que le liquide vital s’échappait, je sentis mes forces m’abandonner, mon corps basculer une énième fois pour rencontrer le sol, j’entendis la porte s’ouvrir avec fracas alors que le bruit de ma propre chute résonnait encore à mes oreilles, je vis le visage de mon frère apparaître vaguement, son ombre plutôt… Puis je ne vis plus, je n’entendis plus, je ne sentis plus.

* * * * * * * * * * * * * * *

 « Lysandre. Combien de fois je vais devoir te poser la question ? Comment ça se passe avec tes parents, à la maison ? »

Une goutte de pluie s’écrase avec monotonie sur la fenêtre. Mon visage, inlassablement tourné vers elle, semble insensible, mes oreilles sourdes. J’ignore ce foutu psychologue. Il va trop loin, beaucoup trop loin, plus que je ne peux le supporter. Il veut débloquer quelque chose en moi sûrement, il veut que je me livre totalement, mais je n’en ai pas le courage et la force, je ne m’appelle pas Harley, Nathaniel, Aidan, je ne suis pas mon oncle. Je préfère fuir encore et encore, esquiver, comme un animal craintif qui cherche à se faire oublier. Je n’ai pas besoin de psy, de la vie, de mes parents, de mon frère. Tout ceux que je peux encore aimer m’abandonnent peu à peu je crois, où alors c’est moi qui les ai abandonnés en quittant St Adams. Pourquoi j’ai fais cette erreur ? Je ne suis qu’un idiot. Un sombre crétin qui n’a pensé qu’à fuir les souvenirs boiteux d’un petit ami disparu. De plus dans cet hôpital on ne me permet de joindre Nathaniel qu’une fois tous les trois jours. Je me sens dépérir de plus en plus. Je ne sais pas quoi lui dire au téléphone, jamais, mais l’avoir à l’autre bout du fil me fait penser qu’il est encore la seule raison valable pour que je vive encore un peu, entendre sa voix me permet de ne plus pleurer. Des fois j’aimerais pouvoir lui parler des gens que j’ai connu, savoir s’il a eu des nouvelles. Mais rien ne sort, ma voix semble éteinte comme le feu dans l’âtre de la cheminée qui a passé une nuit à mourir lentement. Rien. Pas un mot depuis que je me suis réveillé dans ma chambre d’hôpital. J’ignore même si je peux encore parler.

Je me contente de simplement acquiescer. De l’écouter parler, emplissant mon cœur de ses mots, gravant sa voix dans mon esprit. Mais là ce n'est pas Nathaniel qui est en face de moi. Mon cœur bat trop fort et me fait mal. Je me perds dans les bruits habituels qui passent à travers la paroi trop fine qu'est la porte, ferme les yeux. Quelqu'un hurle, de douleur je crois, je me recroqueville d'avantage sur le lit aux draps blancs. Souffle rapide, respiration hachée, mes yeux fous qui se posent sur un point que je suis seul à voir. On glisse une main sur mon épaule, je me contente de me dégager fermement, tente de rabattre la couverture sur moi. Il parle encore, je ne l'écoute pas. Pourquoi s'intéresser à un million de mensonges et de calomnies ? Je suis mieux seul, alors laissez moi en paix, laissez moi vivre et mourir comme je le souhaite. Même ça je n'en ai pas le droit. On a noué des sangles autour de mes poignets afin de contrer toute récidive. On lamine mes chances de reproduire l'acte en me bloquant toute liberté, en me menant à la folie. L'homme soupire. Il sait que son travail ne sert à rien sur moi. Que je ne suis pas comme les autres. Pas de ceux que l'on peut faire parler facilement ou toucher en parlant de certaines choses. Moi je n'ai plus rien. Plus rien à quoi me raccrocher. Juste à cette vague idée que la mort n'est plus très loin, qu'ils finiront par être las de tenter de me sauver et me laisseront finalement partir. Mon âme s'envolant vers un avenir meilleur que je serais seul à avoir décidé.

* * * * * * * * * * * * * * *

Aujourd'hui nous sommes vendredi. C'est comme ça dans la clinique psychiatrique, chacun a rendez-vous avec le psychiatre un jour dans la semaine. Alors le vendredi est ma hantise, car on me force à sortir de ma bulle, à retrouver le monde réel, tout ce qui n'est pas la mort ou la souffrance. Les infirmiers ne comprennent pas pourquoi je ne remonte pas. Pourquoi les médicaments ne fonctionnent pas. Mais ici on apprend rapidement les astuces pour ne pas les prendre. Comment les esquiver. On devient maître de notre propre enfer et on se complaît dans nos troubles et nos peurs. C'est Oliver qui m'a appris tout ça. Lui est enfermé car il est - il paraît - pyromane. Nous parlons beaucoup. Et parfois, lorsque les cauchemars nous arrachent quelques hurlements lors de nos nuits trop noires ou que les coups contre la porte de la cellule d'isolement nous empêchent de dormir, il se glisse dans mon dos et me prend dans ses bras pour me serrer de toutes ses forces. Parfois il me fait peur. La première fois j'ai très mal réagit d'ailleurs. Mais parce que c'est Oliver, mon compagnon de galère et d'infortune, parce que nous sommes tous deux ballottés par les mêmes vents chaque jour, j'accepte qu'il me touche ainsi. Alors il chante des chansons emplies d'espoir et d'amour, des histoires de marins emmenant la femme aimée sur leur bateau, de chevaliers kidnappant une prostituée pour la sortir de son enfer. Et nous finissons par nous endormir tous les deux, son visage contre ma nuque chaude, ses lèvres encore entrouvertes sur quelques paroles qui ne les franchiront pas avant notre prochaine étreinte.

Mais aujourd'hui Oliver n'est pas dans notre chambre parce que le psychiatre est ici. Pour me faire parler. Il ne me connaît pas assez pour pour m'emmener dans son bureau et ne me fais pas assez confiance pour me détacher. J'attends sans bouger que tout ça se termine, que la mascarade cesse. Plus je reste loin de ce monde, plus ça passe vite. Finalement il soupire et se lève. M'abandonne, seul, dans cette pièce étouffante et sans vie, semblable à ce placard dans lequel je passais des heures enfermé à espérer qu'on vienne m'en sortir. Quelqu'un délivre mes poignets de trop longues minutes après, je me laisse faire, observe ce visage inquiet qui remplace celui de la femme et je plonge dans deux orbes d'un bleu si pâle qu'on pourrait croire qu'un bout de ciel s'est détaché afin de les remplir. Ma seule consolation dans ce monde de brute. Il m'aide à me relever puis me sourit. Je ne lui rends pas la pareille, mais il a l'habitude. On pouffe dans le couloir et je me tends, jette un œil mauvais à ceux qui nous observent depuis la porte. Menteurs compulsifs, cleptomane, dépressifs et autres troubles plus graves. Chacun de nous circule librement à l'intérieur du bâtiment, mais nous sommes tout de même soumis à des horaires strictes et à un trop peu de distraction. Mais je refuse que ma chambre soit un lieu de spectacle. Que la relation que j'entretiens avec Oliver ne soit vue comme un spectacle et que les gens ne se méprennent dessus. Alors je me redresse et je me lève pour aller fermer la porte. Prêt à endurer une autre semaine sans broncher, et ce jusqu'à ce qu'on se décide enfin à me laisser sortir.

Et elles défilent ces semaines. Elles défilent à la fois rapidement et lentement. Les cauchemars s'intensifient, se multiplient. Chaque nuit est une torture et les bras de mon compagnon de galère ne parviennent plus à me rassurer. Je ne supporte plus les cris et les pleurs déchirants, le bruit incessant des pas dans les couloirs. La porte qui s'ouvre pour vérifier que l'on dort. L'angoisse me prend à la gorge et la serre à m'en étouffer. Et si on m'emmène durant la nuit ? Si on me sépare d'Oliver pour me changer de chambre ? Pour m'emmener en cellule d'isolement ? Si on m'enlève cette infime particule de bien être que j'ai réussi à trouver, que se passera t-il ? Chaque nuit une crise de larmes emporte ma raison, me lave de mes craintes. Ses baisers dévorent mon visage mais il ne touche jamais mes lèvres. Plus qu'un amant, il est pour moi un ami, quelqu'un qui m'apprécie pour ce que je suis, avec mes défauts, ceux qu'il voit tout le temps, sans rien savoir d'autre de moi. Jamais il n'a entendu ma voix lui conter une histoire, que ce soit celle de ma vie ou une autre. Tout est profondément caché en moi, perdu dans les tréfonds d'une âme tourmentée sans jamais faire mine d'en sortir. Pourtant il me soutient et parfois j'entrevois le bout d'un tunnel, sa lumière, avant de sombrer à nouveau. Qui pourrait réellement me sortir de ces ténèbres trop épaisses ? Je l'ignore et de moi même, je ne peux trouver la réponse.

Puis vient ce Vendredi où je me retrouve à nouveau devant le psychiatre. Mon souffle est court et mon regard perdu sur mes mains trop pâles qui grattent de manière compulsive mes avants bras déjà bien abîmés. Il pose ses questions. Je me mords les lèvres. Ne réponds pas. Mes yeux virevoltent à droite, à gauche, jusqu'à mon dossier dont l'écriture est malheureusement illisible. Il plante ses prunelles grises dans les miennes, sourit d'un air narquois. Alors je baisse les miens. Mais d'un coup son ombre se profile sur mon visage. Je n'ai pas le temps de relever complètement le visage que je remarque son poing qui fuse vers mon visage. Vicieux et brutal. Sournois et mauvais. Mon cœur est prit d'un sursaut violent, mes doigts attrapent son poignet, l'autre main s'empare de son col alors que je me relève d'un bond, les yeux brillants de colère et de larmes, la mâchoire serrée à m'en faire mal. Je l'aplatis littéralement sur le bureau, l'y bloque, retenant à grande peine la haine et la rage qui montent sauvagement tandis que lui ne bronche pas, comme satisfait par ma réaction. Mais ça ne s'arrête pas là.

"Je vous interdit de me toucher ! Qui vous y a autorisé ?!"

C'est ce qu'on appelle allumer la mèche. Pousser le bouchon trop loin. Et briser le trouble dans lequel je suis plongé depuis trop longtemps. Ma voix est rauque d'avoir été si peu utilisée, me fait mal à la gorge. Je le relâche pour la masser, une grimace naissant sur mes traits avant que mon corps ne retombe tout doucement sur la chaise, mes jambes remontant contre ma poitrine pour se serrer tout contre. Je tremble. Mes paupières s'abaissent et d'un coup, je commence à raconter. Mon passé. Mon présent. Mes envies pour le futur. Tout est incertain et confus, mais il ne manque pas un élément. Je lui offre tout. De ma naissance à aujourd'hui, tout ce que l'on a bien voulu me dire. Je lui donne aussi ce que je n'ai jamais su. La raison de la violence de mon propre père envers moi par exemple et l'aversion que ma mère éprouve à mon égard. Ça sort presque naturellement, comme si j'en avais besoin, oubliant à qui je parle, caché dans mes jambes. Il ne prend pas de notes, m'écoute juste, les sourcils froncés et les yeux plissés. Les larmes viennent inonder mes iris, je retiens mon souffle et les chasse. Souffle la fin de mon histoire jusqu'à cette nuit qui aurait bien pu m'être fatidique.

Lorsque je quitte le bureau ce jour là, c'est avec un sourire maladroit ancré sur les lèvres et une volonté nouvelle de vivre. Nous avons beaucoup parlé, avec cet homme qui ne savait quasiment rien de moi. Jusqu'à en tomber tous les deux de fatigue. J'ai vu ses paupières surmontées de sourcils sel et poivre se fermer doucement et sa tête se courber sur mon dossier. J'ai compris de moi même que venait la fin de notre entretient et je suis sorti. Pour une fois attendri par le comportement de ce vieil homme qui en voit passer sûrement bien trop, des problèmes dans son bureau. Le retour à ma chambre est rapide, je me glisse dans les couloirs comme une ombre, silencieux comme jamais, rasant les murs pour ne croiser personne. Oliver m'y attend, étendu sur le lit, les sourcils froncés d'inquiétude. Il se redresse à mon approche, son visage s'assombrissant devant mon air plus enjoué. Moins fermé qu'à mon habitude. Comme s'il lisait en moi comme dans un livre, comme si mes pensées pouvaient le pénétrer. Comme s'il comprenait ce qui se tramait. Mon regard s'enfonce dans le sien alors qu'il se relève. Mon cœur tangue dangereusement, je le laisse s'approcher de quelques pas, me plaquant presque instinctivement au mur tandis que de mes lèvres franchissent des mots qu'il n'aurait jamais voulu entendre. Pas venant de moi.

"C'est fini Oliver. A partir d'aujourd'hui je prends le traitement. Je veux sortir de là tu comprends ? Je veux revoir les gens qui m'attendent dehors..."

Mais non il ne comprend pas. Et son poing atterri dans le mur juste à côté de mon visage. Un cri qui franchit ses lèvres. Meurt dans un sanglot. Nos deux souffles s'accordant sur un même rythme, comme ceux de deux amants trop longtemps séparés. Mais il ne reste pas immobile bien longtemps, son corps s'arrachant au mien alors qu'il se laisse tomber à genoux. Ses hurlements déchirant mon âme et mon cœur si fort que j'en tremble. Il prend ses cheveux blonds entre ses doigts, tire dessus. Et j'ai beau m'accroupir, prendre son visage entre mes mains, murmurer des mots qu'il n'a jamais entendu de ma bouche, rien ne le calme, au contraire. C'est comme si chacune de mes paroles s'enfonçait en lui à la façon d'un pieu. Alors je le prends dans mes bras et je hurle. Je hurle aussi fort que lui, à m'en déchirer la voix, à m'en arracher la gorge, recroquevillé sur son corps, cherchant à le protéger, à lui apporter mon soutien. Un jour il comprendra. Un jour il saura. Mais aujourd'hui il a juste besoin d'une chaleur qui lui est inconnue depuis trop longtemps. D'un amour que personne n'a jamais voulu lui accorder. Il est comme moi. Seul. Bien trop.Seuls dans une chambre où se répercutent nos cris déchirants, ces cris qui finissent par attirer le personnel.

On m'attrape et on m'arrache à lui. Je me débats, les larmes glissant avec force sur mes joues pâles, tendant la main vers mon compagnon, mon ami, ce garçon qui, comme moi, est sûrement un peu fou. Mais qui finira par sortir d'ici, j'en suis persuadé. Il ne semble pas me voir, hurlant de plus belle, plus fort, enfonçant ses ongles dans le visage de l'homme qui le tient, arrachant sa peau, sa chair s'il le pouvait. Animé par un feu qui n'est pas le sien et qu'il ne peut contempler. Et je crois qu'aujourd'hui je comprends un peu, du moins c'est la seule explication plausible à sa présence ici. Oliver avait besoin de mettre le feu pour exprimer cet incendie qui ravage tout en lui. Sa propre douleur. Seulement, personne ne l'a jamais compris et tous se bornaient à répéter qu'il n'est qu'un cas désespéré. Qu'il lui faut être enfermé pour s'en sortir. Je crois en lui. Plus que je ne crois en moi même. Et parce que je suis le seul à pouvoir apporter mon soutien, je lui offre tout, ma voix en écho à la sienne lui rappelant que nous sommes deux à souffrir, deux à être fous et incompris. Mais que nous serons deux à franchir les portes de cette clinique psychiatrique pour ne jamais y remettre les pieds, et ce malgré tous les prétextes qui nous empêcheront de la quitter. Nous réussirons.

Durant 4 semaines, le Docteur Strauss s'arrange pour me voir deux fois dans la semaine. Nous parlons de tout et de rien. Des gens que j'ai connu, du petit cheval de 5 ans qui m'attend dehors, aux mains de mon oncle, de livres que j'ai lu, de la musique que j'écoute. Chaque jour je vais écouter Oliver qui hurle et pleure dans cette cellule d'isolement, je lui parle mais il ne m'écoute pas. J'ai supplié le personnel de le laisser sortir, mais ils refusent. Ils craignent qu'il ne s'en prenne à moi la nuit. Comment leur dire que c'est grâce à moi qu'il parvient à s'endormir sans cauchemars ? Que c'est en serrant mon corps contre le sien qu'il est le mieux ? Que plus il reste dans cet enfer, plus il m'en veut à moi, croyant que c'est de ma faute ? Je n'abandonne pas. Chaque jour est une nouvelle occasion, tant pour les supplier que pour lui parler. Puis vient le jour où il cesse de griffer la porte. Où ses coups désespérés finissent par se calmer. Où, lorsque ma voix l'atteint, il fond en larmes et se recroqueville au sol. C'est du moins dans cette position qu'on le retrouve lorsque la porte s'ouvre et je ne parviens qu'à grandes peines à ne pas me précipiter sur lui pour le rassurer au milieu d'une étreinte. Une main se pose sur mon épaule, je me dégage brutalement, capte le regard surpris de Strauss avant de me souvenir lui avoir dit que ça allait mieux, toutes ces phobies. Tout en sachant que je peux vivre partiellement heureux même si elles sont là. Qu'avec un travail sur moi même, je parviens toujours à les surpasser.

Durant encore une vingtaine de Vendredi, Strauss me fait venir dans son bureau. Puis il signe le papier de ma sortie. Celui de ma libération. Je sais qu'à partir d'aujourd'hui tout va changer. Que malgré ma promesse, plusieurs mois plus tôt, de ne pas revenir à Saint Adams, ce sera le premier lieu où je me rendrais. Je prépare mes affaires dans le silence le plus complet. Oliver n'est pas dans la chambre. En fait, j'ignore où il est depuis ce matin, mais il semble qu'il ne se présentera pas lorsque je ferais mes adieux. La solitude s'abat à nouveau sur moi et je repense à tous nos bons moments alors même que j'étais encore plongé dans les affres de la dépression ainsi qu'au fait qu'il soit parvenu à franchir les barrières physiques. Comme si au fond de lui même il savait que je ne pourrais pas lui résister longtemps. Est-ce que c'est ça des âmes sœurs ? Je n'en sais fichtrement rien. Je finis par quitter la chambre, mon petit sac sur l'épaule, accueilli à la sortie par un cortège d'hommes jeunes et moins jeunes, par le personnel soignant, le psychiatre lui même, ainsi que le directeur. Mon cœur se serre, je dis au revoir à chacun, accompagné d'un sourire fragile. Mais lorsque j'ai salué le dernier, mon regard cherche instinctivement un visage au creux des couloirs vides et dénués d'âme. Jusqu'au bout je croirais en lui. Alors s'il ne veut pas me voir, c'est son choix.

Tout le monde me regarde avancer d'un pas trop lent vers la porte. Je sais que tant que je n'ai pas pu lui parler, un bout de mon cœur reste accroché à cette petite chambre dans laquelle j'ai passé presque 9 mois de ma vie. Et chaque pas est une torture. Mon souffle devient suffocation, et je surprends mes jambes à trembler. Mais au moment où mon corps manque de s'effondrer, des bras puissants me rattrapent. A cette chaleur qui vient se blottir contre moi, je sais que je n'ai plus à avoir peur. Je me retourne et attrape sa taille entre mes bras maigres, enfouit mon nez au creux de sa gorge, lui arrachant quelques frissons qui sont comme une mélodie d'adieu à mes oreilles. La dernière fois que je les sens, que je les vois. Que je le vois lui. Non. Pas la dernière. Je refuse que le destin me l'arrache comme il m'a arraché Aidan. Mon regard s'accroche au sien, je pose une main sur sa joue qu'il s'empresse d'envelopper de la sienne.

"Tu m'abandonnes..."
"Non. Tu vas bouger tes fesses, prendre ton traitement et suivre ta thérapie, et bientôt tu sortiras d'ici. Et tu viendras me voir à St Adams, d'accord ?"

Il acquiesce mais les larmes dans ses yeux ne trompent pas. Il a du mal à y croire. Il ignore comment survivre sans moi. Parce que c'est ce que nous avons fait durant des mois. Survivre à deux. Jusqu'à la renaissance. Il aura le droit à la sienne. Pour que nous soyons à nouveau réunis. Mes lèvres embrassent sa joue, je serre encore une seconde son corps avant de le relâcher au beau milieu d'un sanglot qu'il étouffe du bout de sa main. Un sourire, un dernier regard. Une pression sur sa main et je rejoins la voiture qui m'attend de l'autre côté de la grille. Celle où mon oncle m'accueille dans un sourire franc et une véritable joie de me retrouver. Ma tête est à peine posée contre la vitre que je m'endors. L'esprit plein d'images anciennes. Celles de bâtiments et de paysages. St Adams. Et au fond de moi, je sais que j'y serais bientôt de retour.

Et finalement il m'y ramène mi-août pour la rentrée. Comme une libération. J'y retrouve Nathaniel et je rencontre Cédric. C'est assez désastreux à vrai dire, je fais une crise d'angoisse et on me conduit à l'hôpital. Nathaniel se barre suite à mes révélations quant à mon père. Mais avec Cédric on promet de nous venger par rapport à son attitude. Mais ça.. il l'ignore bien sûr. En tout cas, me voilà de retour...



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Lysandre Watherlight - Artiste

MessageSujet: Re: Lysandre Watherlight - Artiste Wed 10 Aug 2016 - 8:11
ouiiiiiii *0* Ly <3


Merci Nayden



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Lysandre Watherlight - Artiste

MessageSujet: Re: Lysandre Watherlight - Artiste Wed 10 Aug 2016 - 14:06
C'est mua mon chat ♥


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Lysandre Watherlight - Artiste

MessageSujet: Re: Lysandre Watherlight - Artiste Tue 16 Aug 2016 - 19:25
VALIDÉ !!!


Félicitations !! Tu fais maintenant partie des nôtres !  

Toutes les zones du forum s'ouvrent à toi et de ce fait, tu pourras commencer à remplir les diverses demandes et autres qui pourront t'aider à mieux t'intégrer parmi nous. A commencer par FICHE DE LIENS. Nous t'encourageons fortement à la remplir, car elle permet de développer rapidement de nouveaux liens et surtout d'en garder la trace.

Pour te trouver un partenaire de rp, ce sont les demandes de ROLEPLAY qui te seront utiles. Plusieurs personnes cherchent déjà des rp bien précis, alors passes y faire un tour pour voir si quelque chose te tenterait, ou pour remplir une demande toi-même.

D'autres demandes peuvent t'être utiles pour élaborer ton jeu, comme les demandes de CHAMBRES, LOGEMENTS & COMMERCES. Parce qu'il faut bien un toit !!

Si tu es un Étranger, la demande dePARRAINAGE t'es obligatoire. Tu devras la remplir afin qu'un élève puisse venir épauler ton personnage jusqu'à ce qu'il soit plus à l'aise.

Pour terminer, si vous n'êtes pas encore tout à fait à l'aise sur le forum, n'hésitez pas à consulter le GUIDE DU FORUMqui vous offre en une page les liens les plus utiles. Il aide souvent à se retrouver rapidement, mais si vous avez toujours des questions, n'hésitez pas à les poser dans la zone des questions & suggestions.
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